La séduction – séduire ou être séduisant ?

Vous lisez un titre sur la séduction et vous vous dites : « Enfin ! Des trucs pour devenir irrésistible et mettre fin à ma vie de célibataire ! ». Vous n’avez pas tort, mais vous verrez que la séduction, ça peut mener à d’autres choses que l’amour des autres. Dans cet article, nous verrons d’abord la définition de la séduction, puis les caractéristiques de la personne séduisante. Finalement, nous parlerons des avantages à devenir séduisant.

 

La séduction : qu’est-ce que c’est ?

Mais qu’est-ce que la séduction ? Nous commencerons par faire la distinction entre « séduire » et « être séduisant ».

Être séduisant, c’est « exercer un vif attrait par son charme, ses qualités. » (Larousse). On pourrait donc dire qu’être séduisant, ce n’est pas juste une question de beauté physique. En effet, plusieurs personnes diront qu’elles ont été séduites par la gentillesse, la douceur ou le rire de quelqu’un.

Maintenant, qu’est-ce que ça veut dire « séduire » ? Séduire, c’est « exercer sur quelqu’un tous les moyens de plaire (…) pour le faire agir dans un sens bien précis. » (Larousse). Quelle est la différence entre les deux termes ? Être séduisant, c’est la manière dont les autres nous décrivent alors que « séduire », c’est tenter de manipuler quelqu’un afin qu’il fasse ce que nous souhaitons (comme venir passer la soirée chez nous ou accepter une invitation au restaurant).

Quand quelqu’un nous trouve séduisant, est-ce que ça veut dire que nous sommes séduisants pour tout le monde ?

Une femme est séduite par un homme. Elle le trouve généreux et attentionné. Pourquoi ? Parce qu’il s’est offert pour l’aider à déménager. Il va se présenter avec son camion, à l’heure, sans quitter avant que tout ne soit terminé. Pensez-vous qu’une femme qui a déjà un camion et 5 amis sera séduite par un homme qui lui offrirait de venir avec sa camionnette ? Probablement moins.

Il est alors permis d’affirmer que de séduire, c’est de répondre aux besoins de l’autre ou de lui faire des promesses d’un avenir agréable. Quel genre de besoins ? Besoin de se sentir beau/belle, désirable, intéressant, unique, en sécurité et j’en passe. Vous, quand vous êtes en relation, comment aimez-vous que l’autre vous fasse sentir ?

 

Séduction et santé mentale

Mais quel est le lien avec les troubles de santé mentale ? On pourrait dire que chaque trouble amène des besoins bien spécifiques. Vous êtes anxieux ? Vous apprécierez probablement une personne qui vous apaise et qui tolère vos hésitations. Vous êtes dépressif ? Vous aimerez la présence de gens qui vous font rire, qui vont vous voir au lieu de vous inviter et qui tolèrent que vous disiez « non » à toutes les occasions de sortie qui se présentent. Vous êtes colérique ? Vous rechercherez des gens qui tolèrent de subir votre violence.

Pensez-y : si deux toxicomanes s’aiment parce qu’ils consomment ensemble, que se passera-t-il lorsqu’un des deux voudra se rétablir ? C’est un peu la même situation pour les autres troubles de santé mentale.

 

Et l’amour de soi là-dedans ?

Maintenant, je me permets de vous poser une grosse question : êtes-vous séduisant avec vous-mêmes ? Si vous hésitez à répondre, les prochaines affirmations pourraient vous aider à mieux comprendre.

Vous arrêtez de vous regarder dans le miroir parce que vous n’aimez pas votre reflet ? Vous faites souvent des choses pour les autres que vous ne faites pas pour vous-mêmes ? Vous avez de la difficulté à accepter les compliments ? Êtes-vous toujours en mode « critique » avec vous-mêmes ?

Si vous avez répondu « oui » à la majorité des questions, alors vous avez besoin d’une bonne dose d’auto-séduction. Voici un mode d’emploi très facile à suivre et qui vous permettra d’augmenter votre sentiment d’amour propre. En effet, si vous vous traitez comme quelqu’un d’aimable, les autres vous verront aussi comme quelqu’un d’aimable. Finalement, quand on apprend à s’apprécier, on se protège de la solitude : on n’est plus jamais seul, mais toujours avec une personne qu’on aime (nous-même). Voici quelques trucs faciles à appliquer.

Votre corps : En prenez-vous soin ? Quand vous rencontrez quelqu’un, préférez-vous une odeur de cendrier ou de propreté ? C’est beaucoup plus séduisant d’arriver avec des vêtements propres et des cheveux lavés.

Votre esprit : Vous donnez-vous le droit d’être fier de vous ? Êtes-vous attentifs à vos propres besoins ? Si vous ne prenez pas soin de vous, les gens qui vous regardent le remarqueront : « Si je suis en couple avec cette personne, elle ne prendra pas soin de moi ».

Vos émotions : Il n’est pas normal de se sentir triste lorsqu’on pense à l’amour, ni de se sentir découragé lorsqu’on voit son reflet dans le miroir. Vous êtes sévère avec vous ? Donnez-vous de l’amour ! Prenez soin de vous ! Sérieusement, qu’attendez-vous ?

Pour terminer cet article en douceur, je vous laisse sur une citation de Louise Hay : « Souvenez-vous, vous vous êtes critiqué pendant des années et ça n’a pas fonctionné. Essayez de vous aimer et voyez ce qui arrivera ».

 

 

Princesse Fatemeh Khanum “Esmat al-Dowleh” (1855-1905). Au 18ième siècle, une fine moustache était très jolie chez les femmes Perses. Sur internet, son nom a été modifié pour « princesse Qajar » et certaines personnes affirment faussement que 13 hommes se sont suicidés après qu’elle ait rejeté leurs avances. L’objectif de ce mensonge est de sensibiliser les gens à l’évolution des critères de beauté.

 

L’hypervigilance : se méfier du bonheur

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans l’été! Ça fait plusieurs mois que vous ouvrez les rideaux le matin en vous demandant « Est-ce que l’hiver est enfin terminé ?!? ». Si c’est votre réalité, alors vous souffrez peut-être d’un cas d’hypervigilance de l’arrivée de l’été!

Un peu de sérieux maintenant. Qu’est-ce que l’hypervigilance? Même si la définition du mot est assez simple à comprendre, prenons le temps de décortiquer tout ça. Dans cet article, nous commencerons par définir l’hypervigilance. Ensuite, nous parlerons des symptômes, de la manière dont l’hypervigilance se développe et des moyens pour se rétablir.

Pour débuter, on pourrait définir l’hypervigilance comme un état d’alerte constant qui touche plusieurs aspects de notre vie : comportemental (ce qu’on fait), cognitif (ce qu’on pense) et physiologique (dans notre corps). L’hypervigilance n’est pas une maladie ou un trouble, c’est un symptôme de l’anxiété. On pourrait donc dire que l’hypervigilance, c’est d’être toujours en état d’alerte ou de méfiance.

Répondons maintenant à la question suivante : comment devient-on hypervigilant?

Indice : ce n’est pas une question de choix! La plupart des gens hypervigilants le sont devenus à cause d’événements difficiles. On parle de gens ayant survécu aux abus ou qui ont été témoins de grandes violences. Tous ces événements envoient des messages qui demeurent gravés dans notre amygdale : la vie est dangereuse et il faut toujours se méfier.

Voici des exemples qui vous permettront de reconnaitre un état d’hypervigilance chez vous ou chez les autres.

Comportemental 

À quoi ressemblent les comportements d’un individu hypervigilant?

C’est quand vous chassez vos amis de votre entourage. Pourquoi? Parce-que vous avez l’impression qu’ils vous trahiront et qu’ils profiteront de vous. C’est aussi parce que vous aimez mieux l’isolement que le risque de faire confiance et d’être trahi. C’est grave, tout ça. Si vous finissez par vous ramasser seul parce que vous vous méfiez trop, vous créez plus de problèmes que vous n’en réglez.

Cognitif

Nous sommes ici dans le domaine des pensées. Quand on est hypervigilant, de quelle manière pense-t-on? Voici des exemples.

Quand vous êtes dans un groupe, vous restez sur vos gardes. Parce que vous pensez que le monde est peuplé de gens mal intentionnés. Quand vous vous préparez à sortir, vous vous inquiétez des accidents possibles. Parce qu’on ne peut jamais prédire quand ça va mal se passer. Quand vous êtes en couple, si votre conjoint n’arrive pas à l’heure, vous avez milles inquiétudes. M’a-t-il trahi? Est-elle avec quelqu’un d’autre? Bref, quand on est hypervigilant, il n’en faut pas beaucoup pour s’inquiéter.

Physiologique

La physiologie, c’est la science du fonctionnement du corps. Le cerveau des gens souffrant d’hypervigilance n’est pas « connecté » de la même façon que le cerveau des gens détendus. Plus précisément, nous parlons d’une toute petite structure du cerveau : l’amygdale. Attention! Nous ne parlons pas de ce qui se cache dans le fond de votre gorge, mais d’une partie du cerveau en forme d’amande (en latin, amygdale signifie « amande »). C’est une partie du cerveau qui appartient au système limbique (ou cerveau émotionnel). C’est une partie très importante de notre corps : elle est à la base du contrôle des émotions. Elle produit les hormones qui augmentent votre stress. L’amygdale est aussi impliquée dans les comportements de réponse au stress. Vous figez lorsqu’on crie après vous? C’est votre amygdale qui est responsable de cette réaction.

Avant de parler de guérison, laissez-moi vous parler rapidement des autres impacts que peut créer une amygdale « déréglée ». Les gens qui ont des pensées dépressives, surtout les adolescents, vont être hypervigilants face à ces pensées. Résultat : les jeunes pensent seulement à ce qui ne va pas et mettent de côté les belles expériences. L’hypervigilance augmente donc le sentiment de dépression, puis même le taux de suicide, car le cerveau réserve toute sa place au négatif.

En bref, l’hypervigilance, c’est d’avoir son système d’alarme réglé au plus sensible. Tellement sensible qu’il sonne même quand il n’y a rien de grave. Votre amoureuse n’est pas arrivée après 5 minutes? Le système d’alarme est parti et on se met en mode inquiétude.

Comment on guérit ça?

Il y a plusieurs méthodes reconnues qui permettent de rétablir la santé de votre amygdale. Pour vous, cela signifie moins de stress inutile et d’impressions de danger. Voici un premier moyen : la méditation. Vous trouvez que c’est un moyen un peu doux pour contrer les effets d’un traumatisme? Détrompez-vous! Des scans du cerveau permettent de confirmer que l’amygdale des gens qui méditent se porte mieux. Ça fonctionne autant pour les traumas d’enfance que les traumas vécus dans l’armée.

D’autres méthodes? Certainement! Vous pouvez aussi entreprendre un suivi individuel afin d’aborder les croyances qui vous rendent plus méfiants. Plusieurs interventions ont fait leur preuve dans le domaine du rétablissement, il ne faut pas vous en priver! Finalement, n’oubliez pas qu’une bonne hygiène de vie aura toujours un effet bénéfique pour vous. En résumé, n’abusez pas de la caféine si vous recherchez la détente!

Nous pourrions donc dire que la première étape pour vous rétablir de vos symptômes anxieux, c’est d’en être conscient. Parfois, on pense que l’autre est dangereux. Mais est-ce que ce ne serait pas notre système d’alarme qui serait trop sensible?

 

 

 

Références :

Smitha Bhandari. 2024. What Is Hypervigilance?. https://www.webmd.com/mental-health/what-is-hypervigilance

Alvin Powell, 2018, When science meets mindfulness. Harvard Gazette. https://news.harvard.edu/gazette/story/2018/04/harvard-researchers-study-how-mindfulness-may-change-the-brain-in-depressed-patients/

« Hypervigilance », 2003. https://www.sciencedirect.com/topics/medicine-and-dentistry/hypervigilance#definition

Know your brain: amygdala. https://neuroscientificallychallenged.com/posts/know-your-brain-amygdala

Trouble d’accumulation compulsive : plus complexe qu’on le croit

Les personnes accumulatrices, ce sont des personnes qui souffrent du trouble d’accumulation compulsive (TAC).

Pierre Rondeau (médecin généraliste en santé mentale à la retraite) et Anne-Julie Roy (directrice des services externes de la Maison Grise de Montréal) sont venus donner une conférence à ALPABEM le 3 octobre 2023 sur le sujet. Le Dr. Rondeau affirme que bien que ces personnes vivent dans un environnement encombré, le TAC est différent du syndrome de Diogène. Ce n’est pas de l’insalubrité, ni un TOC (trouble obsessif compulsif). Ce n’est donc pas le même traitement, ni le même type d’intervention. Cela ne se traite pas par de la médication, mais par des approches en psychothérapie.

Le portrait de la situation

  • 2,6% des personnes en souffrent dans la population québécoise 1
  • 6% des aînés en souffrent 2
  • +/-8% des personnes accumulatrices seront évincées de leur logement 1
  • 82% des interventions de première ligne sont liées au TAC au Québec3

La personne est souvent fonctionnelle en dehors de la maison. Ce qu’il faut comprendre de cette situation, la perte d’un objet cause de la détresse. Aussi jeter un objet est difficile et crée de la détresse. Éviter la détresse, engendre peu à peu l’accumulation. Ce qui altère le fonctionnement social, professionnel, et cause des problèmes dans son environnement. Bien que les propriétaires craignent les incendies, seulement 0,25% des incendies sont causés par un TAC 1.

Causes

Les facteurs de stress psychosociaux viennent de l’insécurité financière, souvent à la suite du décès du conjoint, suivi d’un isolement. Il n’y a pas de cause unique, mais la génétique compterait pour 85%. La personne qui en souffre à souvent des parents qui en ont souffert aussi. Les personnes qui ont déjà vécu des événements traumatisant causant du stress aigu voient les risques multipliés par 5 de souffrir d’un TAC. Il devient difficile pour la personne de prendre des décisions. Elle voit aussi sa mémoire et son attention diminuer. De plus, elle a de la difficulté avec la classification. 75% des troubles sont liés à la dépression et/ou l’anxiété. Le Dr. Rondeau dit de chercher le TAC1, qui risque d’être présent aussi.

Quand le TAC mène à l’itinérance

L’entourage pense bien faire en arrivant pour faire un beau grand ménage. On voit d’abord la perte de repères. Cela amène de la détresse chez la personne habituée à vivre dans l’encombrement. Avec le temps l’incompréhension de part et d’autre mène à la rupture sociale3. La personne qui vit le rejet, ressent aussi un sentiment de honte, de l’épuisement et l’isolement. Elle peut alors compenser par de nouvelles acquisitions, aggravant le problème d’accumulation. Lorsque la personne loue un appartement elle est à risque d’éviction. Les propriétaires peuvent être intolérants et la personne peut se retrouver à la rue, si elle n’est pas accompagnée pour faire face et agir sur la situation.

Lorsque l’encombrement des lieux ne permet plus d’inviter les connaissances à la maison. Et que cela est suivi par une inspection et une éviction, la personne se retrouve délocalisée de son milieu de vie. La méfiance provoquée par l’incompréhension vulnérabilise encore plus la personne. L’entourage qui aide cette personne est aussi à risque de développer de l’anxiété et/ou de la dépression4.

La sagesse qui ressort de la conférence

Le TAC est souvent une réponse à la souffrance qui se manifeste par la difficulté à se séparer des objets. La personne est placée devant un choix difficile : celui de retrouver la fonctionnalité d’un espace dans sa maison et celui de garder tout ce qui envahit cet espace. Le mal de vivre de la personne est souvent non détecté. La personne est perçue comme traineuse, alors qu’elle souffre souvent d’angoisse existentielle. Selon nos conférenciers, il est important que la personne qui souffre du TAC soit inclus dans la démarche de réduction de l’encombrement.

Une démarche avec la personne

Anne-Julie Roy de la Maison Grise de Montréal est venue nous raconter comment ils interviennent. Tout d’abord :

  • Prendre contact avec la personne avec respect et discrétion
  • Fixer avec la personne un objectif clair de désencombrement
    • Être réaliste : parfois ça commence par un petit sac
  • Favoriser la motivation de la personne qui vise à lui redonner le contrôle
  • Maintenir le contact (rôle de sentinelle)

Ils travaillent d’abord avec la personne, et aussi de concert avec le propriétaire et le service d’inspection pour avoir un état de la situation. Ensuite, un plan d’action est élaboré avec la personne elle-même. Aussi, la résistance au changement est un signal. Il est important de revenir à la personne. De s’assurer que ce soit son projet. S’il y a des ‘’oui, mais…’’, cela crée une situation de ping pong qui provoque le recul. L’objectif doit faire du sens pour la personne. Par exemple, on peut donner le choix à la personne de commencer par la salle de bain ou le salon. Ou encore, demander à la personne ce qu’elle aimerait faire dans le salon. Ou encore, comment elle aimerait procéder pour récupérer son espace.

Informations et ressources

Le Dr. Rondeau et Madame Roy ont développé un guide qu’on peut acheter. Il sert à aider l’entourage et les professionnels, mais aussi la personne qui vit avec le trouble d’accumulation compulsive5. Sur le site internet du CATAC que les deux conférenciers ont développé, vous trouverez aussi une panoplie d’informations et de ressources 2.

 

 

Références

  1. ALPABEM : conférence du 3 octobre 2023 : Le trouble d’accumulation compulsive.
  2. Site internet du Comité d’action pour le trouble d’accumulation compulsive : https://accumulationcompulsive.ca/quelques-donnees-importantes-sur-le-tac/
  3. Douville et Emery (2021). Quand l’accumulation conduit à l’itinérance. Les cahiers du CEIDEF Vulnérabilités et familles 8, 330-342.
  4. Moreau et Dallaire (2022). Soutenir une personne aînée composant avec une problématique d’accumulation compulsive : regard sur les réalités vécues par les personnes proches aidantes. École de travail social et de criminologie de l’Université Laval 68(2), 67-85.
  5. Premier guide québécois pour le trouble d’accumulation compulsive : https://accumulationcompulsive.ca/

S’auto-médicamenter avec les drogues

Récemment, j’ai profité d’un groupe d’entraide sur l’anxiété pour aborder un thème important : l’automédication par les drogues (cannabis). La toxicomanie est en effet une réalité qui concerne de près beaucoup de personnes fréquentant le CAFGRAF, mais de manière générale, une grande partie de la population ayant des problématiques de santé mentale.

 

Définition et causes de l’automédication par les drogues

L’automédication désigne l’acte de consommation de médicaments ou de substances décidé par soi-même. Selon le CAMH (centre de toxicomanie et de santé mental), il existe plusieurs causes à cette pratique :

  • La consommation d’alcool et de drogue peut avoir des effets semblables aux symptômes d’enjeux de santé mentale comme la dépression, l’angoisse, l’impulsivité ou les hallucinations. On parle alors d’enjeux de santé mentale causés par la consommation d’alcool ou de drogue.
  • L’alcool et les drogues peuvent causer des changements négatifs dans la vie et les relations des personnes qui en consomment (ex : perte d’emploi). Ces effets indirects de la consommation d’alcool et de drogues peuvent entraîner des enjeux de santé mentale.
  • Pour certain.es, un même facteur peut causer à la fois des enjeux de santé mentale et des problèmes d’alcoolisme ou de toxicomanie. Il peut s’agir d’un facteur biologique ou d’un événement comme un traumatisme affectif ou physique.
  • Certaines personnes qui ont un enjeu de santé mentale consomment de l’alcool ou de la drogue pour se sentir mieux. Certaines personnes considèrent la consommation d’alcool et de drogue comme une forme d’« automédication ». C’est sur ce dernier point que se concentre cet article.

 

Témoignage des membres du groupe d’entraide

Pour un peu de contexte, faisons le tour des profils présents à ce groupe d’entraide ce jeudi matin. Certaines personnes ont principalement consommé de l’alcool, d’autres sont d’anciens consommateurs et consommatrices de crack et de coke qui se sont ensuite tourné.es vers le cannabis. Cette substance constituera d’ailleurs le sujet de conversation principal par la suite. Ainsi, par “drogue”, il faut ici entendre principalement le cannabis.

Selon Sylvie Fainzang (2019), anthropologue et directrice de recherche au Cermes (Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé et Société), l’une des raisons principales à l’automédicaion est la méfiance à l’endroit des médecins, notamment par suite d’expériences décevantes. Il s’agit en effet d’un élément largement rapporté par les personnes présentes au groupe d’entraide :

“on m’a donné trop de médication”

“les médecins sont mal renseignés, ils jouent au yo-yo, prescrivent à l’aveugle”

“la médication n’est pas adaptée”

“les médicaments sont trop forts”

À ce problème, l’un.e des usager.es suggère la mise en place de davantage de suivis à domicile afin d’évaluer si la médication est bien adaptée à la personne et si elle ne souffre pas trop des effets secondaires.

En effet, les effets secondaires indésirables constituent une autre des principales raisons de l’automédication par les drogues, selon les usagers. Pour l’un d’entre eux, les effets secondaires des médicaments sont imprévisibles et l’effraient, contrairement à ceux des drogues, qu’il côtoie et apprivoise de près depuis sa jeunesse. Dans la balance, les effets néfastes de leur consommation sont contrebalancés par ce que la médication traditionnelle leur enlève :

“ça coupe l’appétit”

“on n’a plus de sexe”

“ça enlève le vouloir”

“ça rend épuisé”

Lorsque les effets secondaires indésirables de la consommation de drogue (cannabis) sont ensuite abordés, presque tout le monde se met d’accord : le coût. Certains regrettent avoir autant dépensé dans la consommation de substances plus fortes que le cannabis, et déclarent qu’il s’agit de la raison principale de leur abstinence :

“Le malheur [apaisé par la drogue] s’oublie 4h puis reprend pour 30 jours parce qu’on n’a plus les moyens pour manger”

Un.e des usager.es tient également à rappeler que la consommation de cannabis n’est pas sans danger, dans la mesure où elle peut mener à des psychoses toxiques (Curtis et al., 2006), et avoir un impact néfaste sur la mémoire et la concentration, en plus de nombreux problèmes de santé physique (Gouvernement du Canada, 2022).

 

Conclusion et ressources

En résumé, pour la plupart des personnes présentes, le cannabis l’emporte dans la balance face à la médication traditionnelle, malgré les effets néfastes mentionnés plus haut. Pour ceux et celles qui aimeraient inverser la tendance, qui sont insatisfaits de leur manière de consommer et qui nécessitent de l’aide pour modifier ses habitudes, voici quelques ressources qui pourraient vous être utiles :

Centre de Réadaptation en Dépendance (CRD) de Laval
312 Bd Cartier O, Laval, QC H7N 2J2
(450) 975-4054
Déclic Action
2255, rue Bienville, Laval, QC H7H 3C9
(450) 628-1011
info@declicaction.com
www.declicaction.com/
Tel-Jeunes (pour les jeunes de 20 ans et moins)
Ligne d’écoute, clavardage, informations en ligne
+1 800-263-2266

 

Références :

Curtis, L., Rey-Bellet, P., Merlo, M., C., G. (2006), Cannabis et psychose, Rev Med Suisse, -8, no. 079, 2099–2103.

Fainzang, S. (2010). L’automédication. Anthropologie et Sociétés. 34. 115. 10.7202/044199ar.

Skinner, W., O’Grady, C., Bartha, C., & Parker, C. (2004). Les troubles concomitants de toxicomanie et de santé mentale. Centre de toxicomanie et de santé mentale.

W.J. Wayne Skinner, MSS, TSI; Caroline P. O’Grady, IA, MSI, Ph.D. Christina Bartha, MSS, TSA; Carol Parker, MSS, TSA

Gouvernement du Canada https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/drogues-medicaments/cannabis/effets-sante/effets.html

 

 

La colère : une émotion hostile

Les bases de la colère

Dans un souhait de mieux vous renseigner, vous sensibiliser et également vous outiller, je désire attirer votre attention sur une émotion hostile. L’être humain vit toute sorte d’émotions, selon le contexte dans lequel il est et cela influence ses comportements. Une émotion hostile que certains d’entre nous vivons à l’occasion, d’autres constamment, est la colère.  Nous pouvons voir la colère comme un signal d’alerte, qui dit à notre corps que quelque chose ne fonctionne pas comme nous l’aurions souhaité ou qu’un besoin n’a pas été comblé. Par exemple, le fait de ne pas réussir à nous rendre au travail à l’heure prévue ou le fait de ressentir de la douleur physique. Ou bien, imaginez-vous passer une journée en vous faisant insulter sans raison valable. Dans un tel cas de figure, vous ressentiriez probablement de la colère. Nous pouvons être en colère tant envers un humain, qu’un animal, un objet et même envers nous-même (colère auto- digérée).

La colère au niveau comportementale

De plus, la colère peut s’exprimer de plusieurs façons. L’une de ces façons est de s’affirmer, donc d’exprimer notre insatisfaction, tout en restant respectueux. Nous pouvons également nous montrer passif. Finalement, une autre façon d’exprimer notre colère et d’adopter des comportements d’agressifs. Ces derniers peuvent aller au simple fait de se dénigrer soi-même, d’hurler après les gens, ou des frapper quelqu’un ou quelque chose. Nous pourrions qualifier ce genre de comportements d’agression réactive. Nous pouvons également nous montrer passif agressif, c’est-à-dire lorsqu’on masque au quotidien des sentiments que l’on n’assume pas. Plus précisément, la passivité agressive se caractérise par des comportements de vengeance, de dominations et d’une froideur à l’égard d’autrui (Laverdière et al., 2019).

La personnalité

Par ailleurs, un concept important à discuter est celui des traits de personnalité, qui sont une tendance comportementale et caractéristique stable à travers la vie d’un individu. Il m’apparaît comme primordiale de mentionner qu’il existe des individus que l’on pourrait décrire comme ayant des traits de personnalité de colère, qui est le fait d’avoir une tendance stable à ressentir de la colère et à l’exprimer au niveau comportemental.

Les régions corticales

Certains d’entre vous pourraient se demander quels sont les régions de notre cerveau associées avec l’émission d’une réponse de colère, n’est-ce pas ? Eh bien, des études scientifiques antérieures rapportent que l’activation cérébrale de l’insula, l’hippocampe et le cortex cingulaire suivant une provocation (Denson et al., 2009). De plus, l’activité cérébrale du cortex cingulaire dorsale antérieur était positivement reliée avec de la colère auto- rapportée.

Étiquette sociale

En outre, dans la société, on sait qu’il y a plusieurs étiquettes sociales qui sont apposées chez les genres. L’une de ces étiquettes est que l’expression de la colère est normale chez les hommes mais qu’elle est mal vue chez les femmes, au point que l’on considère que si une femme exprime sa colère de façon intense, elle est folle ou qu’elle a un trouble psychologique. De récentes recherches ont démontré que les hommes et les femmes qui expriment leurs émotions négatives au travail sont évalués différemment, c’est-à-dire que l’augmentation du « statut » qui provient de l’expression de la colère ne bénéficie que les hommes. Cela serait à cause des attentes stéréotypées des gens par rapport aux expressions des émotions des genres. Les gens penseraient que les femmes sont plus probables d’exprimer de la tristesse au travail alors que pour les hommes, ça serait la colère. Quand les femmes sont perçues comme moins dominantes, il est attendu d’elle d’exprimer de la tristesse plutôt que de la colère dans des situations stressantes.

Sensation physiologique

Les signes physiologiques de la colère peuvent varier, allant de sensation de lourdeur dans la poitrine ou à l’estomac, à de la respiration rapide et saccadée. Nous pouvons également avoir chaud et sentir notre cœur battre très vite. Il est possible d’avoir des tensions musculaires ou d’éprouver des maux de têtes.

Prévention

Il est important de bien comprendre les causes de notre colère afin de mieux la gérer.  Pour prévenir ou améliorer votre situation par rapport à votre colère, il est important de s’informer. Par exemple, vous pouvez déterminer les éléments déclencheurs de votre colère ou demander à vos proches de vous avertir lorsqu’ils remarquent que vous commencez à vous impatienter. Vous pouvez également prendre soin de vous en adoptant des habitudes de vies saines (tel que bien se nourrir et bien dormir). Il est également important de respecter vos limites. Finalement, il est primordial de s’organiser, donc de chercher des solutions réalistes et de vous confier à une personne de confiance.

Plusieurs ressources existent pour pouvoir mieux gérer notre colère et les comportements agressifs qui en résultent, tel que :

  • CHOC Carrefour d’hommes en changement (Laval)
  • OPTION (Montréal)
  • PRO-GAM (Montréal)

 

 

Référence :

  • Workplace Anger costs women irrespective of Race (Marshburn et al., 2020)
  • The angry brain: neural correlates of anger, angry rumination, and aggressive personality (Denson et al., 2009)
  • Laverdière, O., Ogrodniczuk, J. S., & Kealy, D. (2019). Interpersonal Problems Associated With Passive-Aggressive Personality Disorder. The Journal of Nervous and Mental Disease, 207(10), 820–825. doi:10.1097/nmd.0000000000001044
  • https://publications.msss.gouv.qc.ca/

 

 

Mes craintes par rapport au déménagement

Lorsque vous lirez ce texte, le déménagement du CAFGRAF dans les locaux de l’ALPABEM sera imminent. Les travaux sont terminés, le sous-sol est complètement transformé et le deuxième étage est construit et peinturé. Le plan de déménagement a été réfléchi, peaufiné, communiqué, et est probablement déjà en marche pour faciliter le plus possible l’étape finale de la mutualisation. Deux organismes, un toit commun, une mission commune : améliorer la qualité de vie des Lavallois souffrant d’un trouble de santé mentale ainsi qu’à celle de leur famille. Cependant, au moment où j’écris ce texte (avril), beaucoup de questions sont encore sans réponses et ça m’inquiète.
Lorsqu’on parle de stress, tout le monde sait ce que c’est, mais les causes sont souvent méconnues. On peut regrouper les causes du stress en 4 grandes catégories qui forment l’acronyme C.I.N.É. :

• Contrôle
• Imprévisibilité
• Nouveauté
• Égo menacé

Tout le monde a une réaction différente au stress et va réagir plus ou moins à chacune des catégories. Une personne peut être très tolérante à la nouveauté par exemple mais très affectée lorsque son égo est menacé, ou vice-versa. À chaque fois que l’on vit un stress, une ou plusieurs catégories sont impliquées. Pour moi, ce déménagement en déclenche 3 : le Contrôle, l’Imprévisibilité et la Nouveauté.

Pourquoi ça m’inquiète

Une échelle d’évaluation de stress a été développée par les chercheurs Holmes et Rahe qui évalue l’impact de plusieurs évènements stressants qu’une personne peut vivre. Cette échelle établit une cote à chaque élément, et plus le chiffre est grand, plus l’impact est grand et le risque d’avoir des problèmes de santé graves reliés au stress dans les deux prochaines années augmente. Plusieurs évènements s’y retrouvent, allant d’une infraction mineure à la loi jusqu’au décès de votre conjoint(e), mais ce qui m’intéresse aujourd’hui sont le déménagement ainsi que des changements majeurs au niveau professionnel. Ils constituent certains des facteurs les plus stressants qu’une personne peut vivre. De plus, ce déménagement vient ajouter plusieurs incertitudes par rapport à la forme que le CAFGRAF aura. Ces facteurs font en sorte que le stress du déménagement prend encore plus d’ampleur pour moi.

Le CAFGRAF auquel je me suis attaché depuis les 2 dernières années se transformera d’une manière ou d’une autre. Je serais naïf de penser que tout sera comme avant. Il y a tellement de variables en jeu et de facteurs à considérer, que je ne peux savoir avec précision ce qui va arriver. En essayant de prévoir l’inconnu, il est facile de se créer des scénarios catastrophiques. Et si les usagers ne suivent pas ? Et si les services ne répondent pas à la demande ? Et si les locaux ne sont pas prêts à temps ? Et si les jeunes ne sont pas intéressés à venir ?
C’est à ce moment que l’anxiété peut apparaître. Laissé à moi-même, ces questions sans réponse continueraient à tourner dans ma tête sans cesse. J’ai un contrôle limité sur la situation : je ne peux pas forcer les usagers à venir au CAFGRAF, je ne peux pas faire avancer les travaux plus rapidement, je ne peux pas faciliter le déménagement tant que ça, etc.

Je fais de mon mieux pour ne pas transmettre cette inquiétude aux autres, autant à l’équipe qu’aux usagers, mais c’est difficile. Le stress a la fâcheuse tendance à être contagieux. Si je partage mes inquiétudes, cela pourrait vous affecter négativement, et vous pourriez en parler à quelqu’un d’autre qui l’affectera négativement et ça ne finira plus. C’est pour cela que je garde mes appréhensions pour moi, mais je ne peux pas rester ainsi sans rien faire, il faut que je trouve une solution pour me rassurer.

Comment je m’en sors

C’est bien beau d’analyser mon stress, il faut quand même que je compose avec. Mais qu’est-ce qui peut m’aider à naviguer dans l’incertitude, la nouveauté et le manque de contrôle ? Pour moi, c’est la confiance.

La confiance envers la direction, qui travaille sans relâche pour minimiser l’impact de ce grand changement tant attendu sur nos services. La confiance envers mon équipe, qui est présente pour me soutenir dans mes difficultés. Et surtout, la confiance envers vous, les usagers.

Durant les 30 dernières années, le CAFGRAF a subi de nombreuses transformations. De plusieurs points de services réduits à un seul, une équipe en constant changement, de nombreux déménagements, d’un horaire en soirée et fin de semaine à strictement la semaine et un seul soir, et j’en passe.

Malgré tous ces changements, vous êtes encore présents, à venir pour les activités, les ateliers et les centres de jour, à vous impliquer à différents niveaux dans notre organisme. Je suis confiant que vous allez donner une chance à ce nouveau chapitre qui s’écrit et même de contribuer à la rédaction de celui-ci.

De votre côté, comment pouvez-vous composer avec ce stress ? Je pense que la réponse est un peu la même : faites-nous confiance. Si vous avez des questions ou des inquiétudes, n’hésitez pas à venir nous voir, il nous fera plaisir de vous écouter. Soyez assuré que nous travaillerons sans relâche pour que le nouveau CAFGRAF soit à la hauteur de vos attentes.
Oui, ce sera différent, mais l’essence du CAFGRAF restera toujours la même. Nous continuerons à vous soutenir dans votre rétablissement et je suis certain que vous trouverez votre place dans ce nouveau CAFGRAF.

Références :
Holmes, T.H. et Robe, R.H. (1993). The social readjustment rating scale. Journal of psychosomatic Research, vol 11, 213-218
Lupien, S. (2010). Par amour du stress, Éditions au Carré, 274 pages.

Les hallucinations : mieux comprendre l’expérience vécue

Lorsqu’on parle d’hallucinations, on pense souvent au fait d’entendre ou voir des choses que les autres ne perçoivent pas. Mais comment sont-elles réellement vécues par ceux qui en font l’expérience ? Cet article définit ce qu’est une hallucination et qui peut en vivre ; explore les nuances de l’expérience sensorielle et émotionnelle ; et les stratégies de gestion. Pour illustrer les propos, Dominik, usagère au CAFGRAF, a généreusement accepté de partager son témoignage.

 

Qu’est-ce qu’une hallucination et qui en fait l’expérience ?
Une hallucination se définit comme une perception qui ne concorde pas avec les stimulus externes de l’environnement. Elle est bien réelle pour la personne, mais n’est pas partagée par les autres. Elle peut toucher tous les sens : vue, ouïe, toucher, odorat et goût.

Bien que souvent associées aux troubles psychotiques, les hallucinations sont plus fréquentes qu’on ne le pense : jusqu’à 38,7% de la population en vivra au moins une fois dans sa vie. Elles peuvent survenir dans différents contextes , par exemple : manque de sommeil, consommation de substances, deuil, migraines, troubles neurologiques ou de l’humeur.

Dominik souligne l’importance de déstigmatiser :
« Les hallucinations semblent graves, mais c’est une simple erreur du cerveau qui fait qu’on entend des voix. Il faudrait dédramatiser : les hallucinations, ça ne fait pas de toi un fou. »

 

Entre perception et réalité
Une dimension concerne la capacité à distinguer l’hallucination de la réalité. Certains ont conscience que leurs hallucinations ne reflètent pas la réalité externe. Pour d’autres, la distinction est plus difficile et sont intégrées dans la vie quotidienne. La personne construit alors des explications pour donner un sens cohérent à ce qu’elle vit.

Dominik explique ce processus :
« Au début, tu penses que tu fais de la télépathie ou que tu entends une voix qui vient du ciel. Souvent, ça arrive quand tu es seule. On est persuadé qu’on a raison, et on ne s’en rend pas compte, et tranquillement on commence à parler avec la voix. »

Elle ajoute que ses valeurs et ses croyances ont été des ancres précieuses pour traverser ces moments :
« Avoir la foi peut jouer au niveau de l’interprétation. Ma foi croit en beaucoup de choses. Je pense que c’est pourquoi je n’ai pas virée folle. J’ai eu une bonne base familiale, l’enseignement de bonnes valeurs. L’éducation peut compter. Malgré tout ce que j’entends, je vais en sortir. »

 

La diversité de l’expérience sensorielle
Les hallucinations peuvent toucher un ou plusieurs sens et évoluer en intensité.

Dominik témoigne de cette progression :

« Au début, ça se passe dans les moments de silence. Ça commence par des chuchotements. La voix prend de l’intensité au point où que tu l’entends au même titre que tu entends une autre personne. […] Mes hallucinations ont évolué jusqu’au tactile. La voix pouvait me prendre le bras. »

L’expérience diffère aussi selon la provenance perçue. Certaines perceptions semblent provenir à l’intérieur de la personne, tandis que d’autres semblent venir de l’extérieur :

« La voix dans la tête n’est pas humaine. Je la trouve plus dangereuse. Elle peut être contrôlée avec la médication. Les voix à l’extérieur sont capables d’imiter des proches. »

Le contenu peut varier en complexité, allant de simples sons à des voix articulées avec une personnalité propre : « Les voix ont une personnalité, tu connais leur âge par leur ton. »

 

L’impact émotionnel
Les hallucinations suscitent des émotions variées. Lorsque les voix sont hostiles, l’impact quotidien est marqué :

« Au début, elles m’insultaient à longueur de journée. Elles m’encourageaient à faire des actions que je ne fais pas normalement. Ce n’est pas normal de se faire insulter toute la journée ou se faire des choses pour avoir peur. J’étais confronté aux menaces et insultes. »

Ces interactions influencent l’impact des hallucinations sur la vie quotidienne et orientent les stratégies que les personnes peuvent développer pour vivre avec elles.

 

Reprendre le pouvoir : les stratégies de gestion de Dominik
La médication est un pilier pour aider la gestion des hallucinations, mais d’autres stratégies complémentaires peuvent soutenir. Dominik souligne l’importance de la médication et
des habitudes de vie :

« Quand il n’y a pas de médication, elles [les voix] sont négatives ; et elles sont pire lorsqu’on consomme. ».

Elle raconte avoir modifié sa relation avec les voix, en instaurant
un dialogue :

« Leur but [les voix] est de te faire réagir, elles trouvent ça drôle quand on pogne les nerfs. J’ai commencé à les éduquer : ça ne se fait pas de pleurer quelqu’un, on ne sacre pas, … Ma toilette est mon bureau pour les éduquer. Il faut que j’aie des moments pour parler avec mes voix. Si je parle avec elles, elles ne me dérangeront pas. »

 

Conclusion
L’expérience des hallucinations est profondément nuancée et variée : diverses modalités sensorielles, sens donnés et impacts émotionnels, comme le montre le témoignage de Dominik. Parler ouvertement de ces expériences, sans jugement, permet de mieux soutenir ceux qui en font l’expérience. Merci à Dominik d’avoir mis des mots sur ce qui est vécu dansle silence.

 

 

 

 

 

Références :
Ohayon, M. M. (2000). Prevalence of hallucinations and their pathological associations in the
general population. Psychiatry research, 97(2-3), 153-164. https://www.sciencedirect.com/science/
article/pii/S0165178100002274
images : https://www.vecteezy.com/members/genkomono

La santé mentale et l’été, un bon mélange ?

L’été est tout près de nous et les gens sont fébriles avec l’arrivée de la saison. C’est bientôt le temps de la chaleur, des vacances, des camps de jour et des activités estivales. Plusieurs attendent cette saison toute l’année au Québec, après le froid et les déneigements… Toutefois, qu’en est-il des possibles impacts sur la santé mentale ? Que doit-on prendre en considération ? À quoi faut-il faire attention ? Nous allons explorer ces questionnements dans cet article. Nous examinerons les effets, tant négatifs que positifs, de cette saison, ainsi que les moyens d’y faire face.

 

Le soleil : un allié pour le moral

D’un côté, l’été symbolise le retour du soleil et de la chaleur. Plusieurs effets positifs surviennent avec le retour de cette saison. La population rapporte souvent se sentir davantage optimiste, heureuse et plus énergique, même si ce n’est pas le cas pour tout le monde. L’exposition à la lumière solaire contribue à améliorer l’humeur. En effet, de nombreuses études démontrent que le soleil fait augmenter la sérotonine, l’hormone du bien-être, ce qui a un impact direct sur l’humeur et la santé mentale. De plus, le soleil stimule la production de vitamine D dans le corps, ce qui influence également la santé mentale. Par ailleurs, des recherches indiquent que l’exposition à une lumière vive peut réduire les symptômes dépressifs. Il a également été démontré que l’exposition à la lumière le matin est plus efficace. Une exposition d’environ 30 minutes est recommandée, sans qu’il soit nécessaire de passer toute la journée au soleil pour en ressentir les bienfaits.

 

Quand la chaleur devient un facteur de risque

D’un autre côté, durant l’été, la population est aussi exposée à de grandes chaleurs et à un taux d’humidité plus élevé. Encore une fois, plusieurs études démontrent que les vagues de chaleur augmentent le nombre de consultations en psychiatrie en raison d’une hausse de la détresse psychologique et du taux de suicide dans la population en général. D’ailleurs, une autre étude menée
à Toronto par Wang et ses collaborateurs rapporte une augmentation de 29% des consultations aux urgences chez les personnes ayant un diagnostic en santé mentale, notamment la schizophrénie, les troubles de l’humeur et les troubles anxieux. De plus, une étude d’Aguglia et ses collaborateurs ont observé une hausse de 40 % du risque de décompensation nécessitant une hospitalisation chez les personnes ayant un trouble bipolaire.

 

Médicaments et chaleur : une combinaison à surveiller

Finalement, au-delà des différents impacts de l’été sur la santé mentale, un aspect primordial à considérer est l’effet de la prise de médicaments durant la période estivale. Effectivement, selon Santé Canada, plusieurs médicaments peuvent affecter la thermorégulation, l’hydratation corporelle et l’équilibre des électrolytes. Ils peuvent aussi altérer la capacité d’adaptation du corps, les
réflexes primaires et la perception de la chaleur, comme la transpiration et la soif.

Par exemple :
• Les antipsychotiques peuvent faire augmenter la température corporelle de base, déséquilibrer les électrolytes et entraîner une intolérance à la chaleur.
• Les antidépresseurs peuvent provoquer une hyperhydratation (boire trop d’eau), entraîner une diminution de la concentration de sodium dans le sang, se manifestant par de la confusion, des maux de tête, des nausées, des vomissements ou une faiblesse musculaire.
• La prise de lithium peut entraîner une déshydratation, de la diarrhée et des vomissements.

Ainsi, les effets secondaires de certains médicaments peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé, et il est essentiel d’être vigilant. Toutefois, même si les personnes prenant de la médication sont plus à risque de coups de chaleur ou d’épuisement lié à la chaleur, personne n’est totalement à l’abri.

 

Quelques gestes simples pour se protéger

Maintenant, explorons quelques recommandations générales pour prévenir les effets néfastes des grandes chaleurs, avec ou sans médication. Voici une liste de recommandations de Santé Canada adressées aux pharmaciens et techniciens en pharmacie lors de périodes de chaleur accablante (2024) :

• Boire de l’eau avant de ressentir la soif et boire davantage lorsqu’il fait chaud
• Réduire la consommation d’alcool, si possible
• Éviter d’augmenter la consommation de caféine
• Porter des vêtements pâles, amples et respirants, ainsi qu’un chapeau
• Réduire les activités physiques intenses
• Privilégier les activités durant les heures les plus fraîches de la journée
• Passer du temps dans des endroits climatisés ou prendre des douches/bains frais en l’absence d’air climatisé
• Asperger la peau d’eau fraîche pour se rafraîchir
• Consulter un médecin au besoin

Bien sûr, n’oubliez pas l’utilisation de crème solaire pour protéger la peau des rayons nocifs du soleil. Bref, si vous prenez des médicaments, n’hésitez pas à demander à votre médecin des conseils adaptés à votre situation pour limiter les effets secondaires durant l’été !

 

Profiter de l’été… en restant attentif

En conclusion, l’été peut avoir des effets positifs sur la santé mentale, mais les vagues de chaleur peuvent aussi entraîner des conséquences importantes. Heureusement, il existe plusieurs moyens de prévention. Bien que les grandes vagues de chaleur soient encore relativement rares au Québec, il est important de considérer le contexte du réchauffement climatique et ses impacts futurs.

Les recherches se poursuivent et d’ailleurs, l’Université de Montréal a annoncé que des experts mènent actuellement une étude sur l’impact de la chaleur en milieu urbain sur la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes.

À suivre… Bon été à tous !

 

 

 

 

Références :
Aguglia & al. Int. J. Environ. Res. Public Health 2019, 16 (7), 1140; https://doi.org/10.3390/ijerph16071140 

X. Wang et al. Acute impacts of extreme temperature exposure on emergency room admissions related to mental and behavior disorders in Toronto, Canada. J. Affect. Disord. (2014)

L’actualité, Santé et science par Isabelle Goupil-Sormany le 18 juin 2024 https://thocc.org/about/newspress/news-detail?articleId=63829&publicid=469#:~:text=%E2%80%9CMore%20sunlight%20
means%20more%20serotonin,sunshine%20could%20be%20the%20answer.

Santé Canada, 2024. PDF: Cat.: H129-116/2024F-PDF. ISBN:978-0-660-73107-0 Lien: https://www.canada.ca/content/dam/hc-sc/documents/services/publications/healthy-living/extreme-heat-human-health-pharmacists-technicians/extreme-heat-human-health-pharm-tech-fra.pdf

https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/sante-environnement-milieu-travail/rapports-publications/changement-climatique-sante/lignes-directrices-intention-travailleurs-sante-pendant-periodes-chaleur-accablante-guide-technique.html#a4.1

Trop de nouvelles, trop vite ? Comment consommer l’information sans nuire à son bien-être

L’information est partout, en tout temps. En quelques secondes, on peut savoir ce qui se passe à l’autre bout de la planète, parfois même avant que Donald Trump ait fini d’écrire son propre tweet à ce sujet. Cet accès instantané est pratique, mais il a aussi un coût invisible pour notre santé mentale. Trop de nouvelles, trop souvent, peut nous laisser anxieux, épuisé… et parfois un peu dépassé.

Quand s’informer devient épuisant

Les psychologues parlent de plus en plus de « surcharge médiatique ». Être exposé constamment à des nouvelles négatives peut créer une fatigue émotionnelle et un sentiment d’impuissance.

Notre cerveau, programmé pour détecter les menaces, réagit fortement à ce flux continu d’informations. Chaque mauvaise nouvelle active la réponse au stress. Elle est utile à court terme, mais devient épuisante sur la durée. Le cerveau accorde aussi naturellement plus d’attention aux dangers et aux contenus négatifs. Ce biais vient de nos ancêtres, pour qui repérer les menaces était essentiel à la survie.

Dans un monde où les crises sont accessibles en continu, ce mécanisme devient difficile à gérer. Le cerveau reste en alerte, comme un téléphone à 5 % de batterie qui refuse de se recharger. Avec le temps, cette exposition peut même déformer notre perception du monde. On peut finir par croire que tout va mal, même si, dans les faits, notre journée reste relativement normale.

Médias et réseaux sociaux qui fatiguent le plus

Les plateformes qu’on utilise jouent un rôle important dans cette fatigue. Les réseaux sociaux sont particulièrement exigeants pour notre santé mentale. Les nouvelles y apparaissent sans arrêt et sont souvent choisies pour provoquer une réaction. Plus c’est émotionnel, plus ça attire l’attention.

L’algorithme ne se demande pas si le contenu vous fait du bien. Il cherche surtout à vous garder le plus longtemps possible. Une controverse politique captera presque toujours plus d’attention qu’un chien qui sauve une vie.

C’est dans ce contexte que s’installe facilement une habitude qu’on appelle le doomscrolling, souvent associée aux réseaux sociaux. On regarde une nouvelle, puis une autre, puis une autre… et, sans s’en rendre compte, 40 minutes passent. Par conséquent, on se sent plus inquiet qu’au départ.

Des recherches résumées par Harvard Health Publishing montrent que ce comportement est associé à une augmentation de l’anxiété, des symptômes dépressifs et des perturbations du sommeil, même quand on sait que ça nuit à notre bien-être.

À l’inverse, les médias plus traditionnels imposent certaines limites. On écoute la télévision à des moments précis. La radio et les journaux demandent une intention. Personne ne s’est déjà retrouvé à lire un journal pendant deux heures sans comprendre comment c’est arrivé.

Cela dit, toutes les façons de consommer l’information ne se valent pas. Une consommation passive, comme faire défiler des titres pendant longtemps, est plus liée au stress et à l’anxiété. À l’inverse, prendre le temps de contextualiser une nouvelle ou d’en discuter peut parfois créer un sentiment de connexion et réduire l’isolement.

 

La mésinformation et l’incertitude

À cela s’ajoute un autre facteur : la fiabilité de l’information. Sur les réseaux sociaux, tout circule vite, mais pas toujours correctement. Une publication peut annoncer une pénurie imminente, un danger exagéré ou une situation mal comprise… alors qu’il ne s’agit que d’une rumeur. Le problème, c’est que le cerveau déteste l’incertitude. Tant qu’il ne comprend pas ou ne peut pas prédire ce qui se passe, il reste en tension.

C’est un peu comme si vous vous prépariez à une pénurie… pour finalement arriver au magasin et constater que tout est normal. Entre-temps, vous avez vérifié plusieurs fois, comparé des sources, posé des questions autour de vous. Votre cerveau est resté en alerte tout ce temps. Au final, la mésinformation n’épuise pas seulement notre réflexion : elle alimente aussi notre inquiétude, parfois
pour des situations qui, en réalité, sont parfaitement sous contrôle.

 

Trouver un équilibre

La solution n’est pas de fuir complètement les nouvelles, mais de changer notre façon de les consommer.

• Limiter le temps consacré aux nouvelles (par exemple 10 à 20 minutes par jour).
• Choisir quelques sources fiables plutôt que de parcourir des dizaines de contenus différents.
• Éviter de vérifier les nouvelles en continu, surtout dès le réveil ou avant de dormir.
• Prendre des pauses régulières pour permettre au cerveau de récupérer.
• Remplacer une partie du temps passé sur l’actualité par d’autres activités : marcher, lire, parler avec quelqu’un, cuisiner.

Le cerveau a besoin de moments où il ne traite pas de crise mondiale. Il a aussi besoin de moments où il pense à des choses simples, comme quoi manger… ou pourquoi on est entré dans la cuisine sans raison.

 

Rester informé sans s’épuiser

S’informer est essentiel pour comprendre le monde. Mais il y a une différence entre être informé et être submergé. Le but n’est pas d’ignorer la réalité, mais de ne pas la laisser occuper chaque minute de notre attention. Parce que finalement votre cerveau mérite mieux que de passer sa soirée à discuter avec des notifications comme si c’étaient de vrais amis.

 

 

 

 

Références :
https://www.apa.org/monitor/2022/11/strain-media-overload

https://www.psychologytoday.com/ca/blog/not-just-an-algorithm/202601/the-hidden-mental-health-cost-of-news-on-social-media

https://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/news-social-media-mental-health-anxiety-1.7571661

https://northwestvancouver.cmha.bc.ca/whats-new/how-news-consumption-affects-mental-health-finding-a-balanced-approach/#:~:text=The%20Psychological%
20Impact%20of%20News,and%20even%20symptoms%20of%20depression.

https://www.thesmujournal.ca/opinion/does-where-you-get-your-news-from-matter

https://mediasmarts.ca/digital-media-literacy/digital-issues/finding-and-verifying-information/verifying-online-news/how-do-canadians-get-their-news#_ftnref4

https://arxiv.org/abs/1506.06021

https://www.eurekalert.org/news-releases/938786?utm_