L’information est partout, en tout temps. En quelques secondes, on peut savoir ce qui se passe à l’autre bout de la planète, parfois même avant que Donald Trump ait fini d’écrire son propre tweet à ce sujet. Cet accès instantané est pratique, mais il a aussi un coût invisible pour notre santé mentale. Trop de nouvelles, trop souvent, peut nous laisser anxieux, épuisé… et parfois un peu dépassé.
Quand s’informer devient épuisant
Les psychologues parlent de plus en plus de « surcharge médiatique ». Être exposé constamment à des nouvelles négatives peut créer une fatigue émotionnelle et un sentiment d’impuissance.
Notre cerveau, programmé pour détecter les menaces, réagit fortement à ce flux continu d’informations. Chaque mauvaise nouvelle active la réponse au stress. Elle est utile à court terme, mais devient épuisante sur la durée. Le cerveau accorde aussi naturellement plus d’attention aux dangers et aux contenus négatifs. Ce biais vient de nos ancêtres, pour qui repérer les menaces était essentiel à la survie.
Dans un monde où les crises sont accessibles en continu, ce mécanisme devient difficile à gérer. Le cerveau reste en alerte, comme un téléphone à 5 % de batterie qui refuse de se recharger. Avec le temps, cette exposition peut même déformer notre perception du monde. On peut finir par croire que tout va mal, même si, dans les faits, notre journée reste relativement normale.
Médias et réseaux sociaux qui fatiguent le plus
Les plateformes qu’on utilise jouent un rôle important dans cette fatigue. Les réseaux sociaux sont particulièrement exigeants pour notre santé mentale. Les nouvelles y apparaissent sans arrêt et sont souvent choisies pour provoquer une réaction. Plus c’est émotionnel, plus ça attire l’attention.
L’algorithme ne se demande pas si le contenu vous fait du bien. Il cherche surtout à vous garder le plus longtemps possible. Une controverse politique captera presque toujours plus d’attention qu’un chien qui sauve une vie.
C’est dans ce contexte que s’installe facilement une habitude qu’on appelle le doomscrolling, souvent associée aux réseaux sociaux. On regarde une nouvelle, puis une autre, puis une autre… et, sans s’en rendre compte, 40 minutes passent. Par conséquent, on se sent plus inquiet qu’au départ.
Des recherches résumées par Harvard Health Publishing montrent que ce comportement est associé à une augmentation de l’anxiété, des symptômes dépressifs et des perturbations du sommeil, même quand on sait que ça nuit à notre bien-être.
À l’inverse, les médias plus traditionnels imposent certaines limites. On écoute la télévision à des moments précis. La radio et les journaux demandent une intention. Personne ne s’est déjà retrouvé à lire un journal pendant deux heures sans comprendre comment c’est arrivé.
Cela dit, toutes les façons de consommer l’information ne se valent pas. Une consommation passive, comme faire défiler des titres pendant longtemps, est plus liée au stress et à l’anxiété. À l’inverse, prendre le temps de contextualiser une nouvelle ou d’en discuter peut parfois créer un sentiment de connexion et réduire l’isolement.
La mésinformation et l’incertitude
À cela s’ajoute un autre facteur : la fiabilité de l’information. Sur les réseaux sociaux, tout circule vite, mais pas toujours correctement. Une publication peut annoncer une pénurie imminente, un danger exagéré ou une situation mal comprise… alors qu’il ne s’agit que d’une rumeur. Le problème, c’est que le cerveau déteste l’incertitude. Tant qu’il ne comprend pas ou ne peut pas prédire ce qui se passe, il reste en tension.
C’est un peu comme si vous vous prépariez à une pénurie… pour finalement arriver au magasin et constater que tout est normal. Entre-temps, vous avez vérifié plusieurs fois, comparé des sources, posé des questions autour de vous. Votre cerveau est resté en alerte tout ce temps. Au final, la mésinformation n’épuise pas seulement notre réflexion : elle alimente aussi notre inquiétude, parfois
pour des situations qui, en réalité, sont parfaitement sous contrôle.
Trouver un équilibre
La solution n’est pas de fuir complètement les nouvelles, mais de changer notre façon de les consommer.
• Limiter le temps consacré aux nouvelles (par exemple 10 à 20 minutes par jour).
• Choisir quelques sources fiables plutôt que de parcourir des dizaines de contenus différents.
• Éviter de vérifier les nouvelles en continu, surtout dès le réveil ou avant de dormir.
• Prendre des pauses régulières pour permettre au cerveau de récupérer.
• Remplacer une partie du temps passé sur l’actualité par d’autres activités : marcher, lire, parler avec quelqu’un, cuisiner.
Le cerveau a besoin de moments où il ne traite pas de crise mondiale. Il a aussi besoin de moments où il pense à des choses simples, comme quoi manger… ou pourquoi on est entré dans la cuisine sans raison.
Rester informé sans s’épuiser
S’informer est essentiel pour comprendre le monde. Mais il y a une différence entre être informé et être submergé. Le but n’est pas d’ignorer la réalité, mais de ne pas la laisser occuper chaque minute de notre attention. Parce que finalement votre cerveau mérite mieux que de passer sa soirée à discuter avec des notifications comme si c’étaient de vrais amis.
Références :
https://www.apa.org/monitor/2022/11/strain-media-overload
https://www.psychologytoday.com/ca/blog/not-just-an-algorithm/202601/the-hidden-mental-health-cost-of-news-on-social-media
https://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/news-social-media-mental-health-anxiety-1.7571661
https://northwestvancouver.cmha.bc.ca/whats-new/how-news-consumption-affects-mental-health-finding-a-balanced-approach/#:~:text=The%20Psychological%
20Impact%20of%20News,and%20even%20symptoms%20of%20depression.
https://www.thesmujournal.ca/opinion/does-where-you-get-your-news-from-matter
https://mediasmarts.ca/digital-media-literacy/digital-issues/finding-and-verifying-information/verifying-online-news/how-do-canadians-get-their-news#_ftnref4
https://arxiv.org/abs/1506.06021
https://www.eurekalert.org/news-releases/938786?utm_