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mars, 2026

Les hallucinations : mieux comprendre l’expérience vécue

Rédigé par : 

Marie-Joëlle Marcil

Lorsqu’on parle d’hallucinations, on pense souvent au fait d’entendre ou voir des choses que les autres ne perçoivent pas. Mais comment sont-elles réellement vécues par ceux qui en font l’expérience ? Cet article définit ce qu’est une hallucination et qui peut en vivre ; explore les nuances de l’expérience sensorielle et émotionnelle ; et les stratégies de gestion. Pour illustrer les propos, Dominik, usagère au CAFGRAF, a généreusement accepté de partager son témoignage.

 

Qu’est-ce qu’une hallucination et qui en fait l’expérience ?
Une hallucination se définit comme une perception qui ne concorde pas avec les stimulus externes de l’environnement. Elle est bien réelle pour la personne, mais n’est pas partagée par les autres. Elle peut toucher tous les sens : vue, ouïe, toucher, odorat et goût.

Bien que souvent associées aux troubles psychotiques, les hallucinations sont plus fréquentes qu’on ne le pense : jusqu’à 38,7% de la population en vivra au moins une fois dans sa vie. Elles peuvent survenir dans différents contextes , par exemple : manque de sommeil, consommation de substances, deuil, migraines, troubles neurologiques ou de l’humeur.

Dominik souligne l’importance de déstigmatiser :
« Les hallucinations semblent graves, mais c’est une simple erreur du cerveau qui fait qu’on entend des voix. Il faudrait dédramatiser : les hallucinations, ça ne fait pas de toi un fou. »

 

Entre perception et réalité
Une dimension concerne la capacité à distinguer l’hallucination de la réalité. Certains ont conscience que leurs hallucinations ne reflètent pas la réalité externe. Pour d’autres, la distinction est plus difficile et sont intégrées dans la vie quotidienne. La personne construit alors des explications pour donner un sens cohérent à ce qu’elle vit.

Dominik explique ce processus :
« Au début, tu penses que tu fais de la télépathie ou que tu entends une voix qui vient du ciel. Souvent, ça arrive quand tu es seule. On est persuadé qu’on a raison, et on ne s’en rend pas compte, et tranquillement on commence à parler avec la voix. »

Elle ajoute que ses valeurs et ses croyances ont été des ancres précieuses pour traverser ces moments :
« Avoir la foi peut jouer au niveau de l’interprétation. Ma foi croit en beaucoup de choses. Je pense que c’est pourquoi je n’ai pas virée folle. J’ai eu une bonne base familiale, l’enseignement de bonnes valeurs. L’éducation peut compter. Malgré tout ce que j’entends, je vais en sortir. »

 

La diversité de l’expérience sensorielle
Les hallucinations peuvent toucher un ou plusieurs sens et évoluer en intensité.

Dominik témoigne de cette progression :

« Au début, ça se passe dans les moments de silence. Ça commence par des chuchotements. La voix prend de l’intensité au point où que tu l’entends au même titre que tu entends une autre personne. […] Mes hallucinations ont évolué jusqu’au tactile. La voix pouvait me prendre le bras. »

L’expérience diffère aussi selon la provenance perçue. Certaines perceptions semblent provenir à l’intérieur de la personne, tandis que d’autres semblent venir de l’extérieur :

« La voix dans la tête n’est pas humaine. Je la trouve plus dangereuse. Elle peut être contrôlée avec la médication. Les voix à l’extérieur sont capables d’imiter des proches. »

Le contenu peut varier en complexité, allant de simples sons à des voix articulées avec une personnalité propre : « Les voix ont une personnalité, tu connais leur âge par leur ton. »

 

L’impact émotionnel
Les hallucinations suscitent des émotions variées. Lorsque les voix sont hostiles, l’impact quotidien est marqué :

« Au début, elles m’insultaient à longueur de journée. Elles m’encourageaient à faire des actions que je ne fais pas normalement. Ce n’est pas normal de se faire insulter toute la journée ou se faire des choses pour avoir peur. J’étais confronté aux menaces et insultes. »

Ces interactions influencent l’impact des hallucinations sur la vie quotidienne et orientent les stratégies que les personnes peuvent développer pour vivre avec elles.

 

Reprendre le pouvoir : les stratégies de gestion de Dominik
La médication est un pilier pour aider la gestion des hallucinations, mais d’autres stratégies complémentaires peuvent soutenir. Dominik souligne l’importance de la médication et
des habitudes de vie :

« Quand il n’y a pas de médication, elles [les voix] sont négatives ; et elles sont pire lorsqu’on consomme. ».

Elle raconte avoir modifié sa relation avec les voix, en instaurant
un dialogue :

« Leur but [les voix] est de te faire réagir, elles trouvent ça drôle quand on pogne les nerfs. J’ai commencé à les éduquer : ça ne se fait pas de pleurer quelqu’un, on ne sacre pas, … Ma toilette est mon bureau pour les éduquer. Il faut que j’aie des moments pour parler avec mes voix. Si je parle avec elles, elles ne me dérangeront pas. »

 

Conclusion
L’expérience des hallucinations est profondément nuancée et variée : diverses modalités sensorielles, sens donnés et impacts émotionnels, comme le montre le témoignage de Dominik. Parler ouvertement de ces expériences, sans jugement, permet de mieux soutenir ceux qui en font l’expérience. Merci à Dominik d’avoir mis des mots sur ce qui est vécu dansle silence.

 

 

 

 

 

Références :
Ohayon, M. M. (2000). Prevalence of hallucinations and their pathological associations in the
general population. Psychiatry research, 97(2-3), 153-164. https://www.sciencedirect.com/science/
article/pii/S0165178100002274
images : https://www.vecteezy.com/members/genkomono

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