La transition de l’adolescence à l’âge adulte : l’entre-deux

Le passage de l’adolescence à l’âge adulte est une période charnière, mais aussi un terrain mouvant. Beaucoup de jeunes décrivent cette étape comme un « entre-deux » : ils ne se reconnaissent plus tout à fait comme adolescents, sans pour autant se sentir pleinement adultes. Ce flou identitaire, parfois déstabilisant, s’accompagne de profondes transformations personnelles, sociales et émotionnelles. Mieux comprendre cette période permet d’offrir un soutien plus ajusté aux jeunes qui la traversent.

 

Comprendre cet espace de transition

Entre 18 et 30 ans , de nombreux changements viennent bousculer les repères qui ont longtemps structuré la vie des jeunes. Les fondations identitaires et relationnelles se déconstruisent pour laisser place à quelque chose de nouveau, mais qui demeure encore flou. Cette période est marquée par de nombreux questionnements entourant son avenir et son identité, ainsi que l’acquisition de nouvelles responsabilités et de nouveaux rôles. Durant cette période, il est fréquent de douter de sa place et de qui l’on est. Par-dessus ces questionnements, les jeunes doivent se définir tout en conjuguant avec les différentes pressions : celles qu’ils peuvent se mettre eux-mêmes, celles de la famille ou celles de la société.

Cette instabilité peut influencer la santé mentale, car elle vient fragiliser certains repères internes, et peut mettre à l’épreuve le sentiment d’identité, le sentiment de compétence ou encore le sentiment d’appartenance, alors que ce sont des éléments importants pour le bien-être psychologique.

Cette période peut donner l’impression d’avoir quitté une ancienne version de soi, sans que la nouvelle version de soi ne soit encore bien définie. Avec le temps, le « soi futur » émerge doucement et commence à prendre forme.

 

Une image vaut mille mots

Pour illustrer cette transition, l’image de la mue est particulièrement éloquente. Lorsque le reptile grandit, son ancienne peau devient trop étroite et finit par limiter sa mobilité. Cette peau, qui autrefois le protégeait, devient maintenant un frein. La mue débute alors : une période inconfortable, teintée de vulnérabilités où l’animal voit moins bien, doit se cacher, et se retrouve coincé entre ce qu’il était et ce qu’il est en train de devenir.

La transition vers l’âge adulte ressemble à cette mue. Les repères d’avant ne tiennent plus, mais les nouveaux ne sont pas encore installés. L’inconfort fait partie du processus : confusion, doutes, hésitations, … Et pourtant, cette étape permet d’accéder à une version plus solide, plus adaptée et plus authentique de soi.

 

Quand l’entre-deux devient difficile à vivre

Avant d’être un moment de construction, l’entre-deux peut représenter une période de déconstruction. Les croyances héritées de la société, de la culture, ou de la famille peuvent être remises en question. Cette expérience peut engendrer de l’anxiété, surtout si aucun nouveau repère n’est encore établi.

À cela s’ajoute la pression des réseaux sociaux, qui exposent des parcours en apparence cohérents, linéaires, rapides : études réussies, premières promotions, relations stables, voyages, projets inspirants… Dans cette mise en scène permanente, il est facile de croire que l’on est le seul à douter, à se tromper, à prendre un détour. Les comparaisons peuvent accentuer le sentiment de ne pas être « à la hauteur », la peur d’être « en retard » et la pression ressentie de « réussir sa vie ». Certains ont l’impression d’être les seuls à vivre cet entre-deux, alors qu’il s’agit d’une expérience
largement partagée, ce qui peut engendrer un sentiment de confusion, d’isolement ou de découragement.

Les jeunes peuvent être tentés de mettre fin rapidement à l’inconfort qu’ils vivent : faire un choix précipité, abandonner un projet trop exigeant, se détourner de décisions difficiles. Pourtant, il est bénéfique de se laisser le temps traverser l’ambiguïté. C’est dans cette traversée, parfois chaotique, que se construisent des repères plus solides.

 

L’entre-deux : un espace de transformation et de croissance

Même s’il peut être inconfortable, cet entre-deux constitue un puissant espace de transformation. Il permet de redéfinir ses croyances, ses valeurs et ses aspirations, pour se rapprocher d’un soi plus cohérent et plus authentique. Lorsque la personne est entourée, écoutée et accompagnée avec bienveillance, cette période devient une opportunité de croissance intérieure.

L’ambiguïté et l’ambivalence ne sont pas des signes d’échec : elles témoignent d’un processus normal et nécessaire dans la construction de l’identité adulte. Apprendre à les tolérer, à les comprendre et à les traverser peut devenir un véritable levier de développement personnel.

 

Conclusion

L’entre-deux de l’adolescence et de l’âge adulte est un moment vibrant, parfois chaotique, souvent bouleversant, mais profondément humain. C’est un passage où l’on se cherche, où l’on déconstruit, où l’on se reconstruit. Un moment où la vulnérabilité et la croissance coexistent. Si vous êtes le parent d’un adolescent et vous désirez mieux supporter votre jeune durant cette période, les services de Communicado à ALPABEM peuvent vous offrir du soutien.

 

 

 

 

Références :
Pauzé, R. (2017, mars). Recension des écrits sur la transition vers l’âge adulte. Université de Sherbrooke. https://sante-mentale-jeunesse.usherbrooke.ca/wp-content/uploads/2020/10/
Recension-finale-06-mars-2017.pdf

 

Au-delà de l’étiquette TPL

Lorsque vous entendez parler du trouble de la personnalité limite, une image spécifique peut surgir dans vos pensées. Cette image peut venir de vos expériences personnelles, d’un proche que vous connaissez, de ce que vous voyez dans les médias, etc. Il peut y avoir un grand écart entre ce que l’on perçoit du trouble de la personnalité limite et de ce que c’est réellement. Le TPL est
souvent mal compris, ce qui amène une stigmatisation et la diffusion de préjugés non fondés.

Dernièrement, une nouvelle façon de voir le TPL est en émergence. C’est un modèle alternatif permettant de voir l’entièreté de la personne et de voir en quoi les différents symptômes du TPL aident ou nuisent différents aspects de sa vie. Cette alternative a pour but d’offrir un traitement et une flexibilité plus adapté à sa situation et ses besoins.

 

C’est quoi le TPL ?

La personne éprouvera une plus grande sensibilité émotionnelle et ressentira les émotions plus fortement et ceci, sur une plus longue période. Ces émotions vont affecter les relations interpersonnelles, et il est possible de passer rapidement de l’idéalisation au rejet d’autrui. Elles auront aussi un impact sur l’image de soi. La personne peut éprouver des difficultés à identifier ce qu’elle aime et ce qui l’intéresse.

Le modèle classique ou catégoriel exige que la personne remplisse au moins 5 critères sur 9 afin que le diagnostic du trouble de la personnalité limite soit émis. Ce modèle a cependant une faille, puisqu’il est fréquent d’avoir une comorbidité avec un autre trouble de la personnalité. Imaginez apprendre que vous avez 2-3 troubles différents de la personnalité. Le traitement devient plus difficile, et il devient compliqué de déterminer sur quoi se concentrer pour progresser dans le rétablissement. Le diagnostic du trouble de la personnalité limite perd un peu de signification lorsqu’il est accompagné de plusieurs autres troubles qui sont semblables.

 

Les avantages du modèle alternatif

Le nouveau modèle proposé permet de voir au-delà des symptômes et de mieux s’adapter selon l’impact des manifestations du TPL sur la personne, ses relations et son environnement. Il permet de prendre en considération les difficultés de la personne et surtout de s’appuyer sur ses forces pour le rétablissement. Les personnes qui présentent le TPL possèdent des forces et compétences
pouvant favoriser l’adaptation au quotidien.

On distingue certains critères qui sont propres à tous les troubles de personnalités et ceux qui sont spécifiques au trouble de la personnalité limite. Dans ces critères, on regarde l’impact du trouble à travers plusieurs sphères spécifiques au TPL.

Lorsque Marie-Hélène D’Astous, la directrice de la Maison 100 Limites, est venu donner une conférence à l’Alpabem en janvier 2026, celle-ci avait un message clair à transmettre : le TPL n’a pas que du négatif. Avec cette nouvelle façon de voir le trouble, il est plus facile de voir les forces de la personne et en quoi les traits TPL, une fois compris et apprivoisés, peuvent devenir un atout pour la personne qui présente ce diagnostic. Ces forces vont permettre de créer un encrage plus solide chez la personne : elle aura une base pour continuer de se propulser vers l’avant et pourra plus facilement trouver un domaine ou des activités qui l’intéresse ou même avoir des relations plus fortes et vraies.

 

Les forces que ça apporte

Comme mentionné, plusieurs forces peuvent émerger chez la personne qui présente un TPL. Ces forces, utilisées adéquatement, peuvent favoriser le rétablissement de la personne et lui permettre d’avoir une vie enrichissante et satisfaisante. La grande sensibilité émotionnelle permet d’avoir une plus grande empathie envers l’autre et d’être plus alerte aux subtilités émotionnelles qui passeraient inaperçues pour autrui. Les personnes ayant un TPL font aussi preuve d’une grande authenticité et d’une honnêteté émotionnelle. Lorsqu’elles sont heureuses, cela paraît et elles le partagent. Lorsqu’une chose les dérange, elles le disent sans détour. Cela favorise l’instauration d’un climat de confiance et constitue la base d’une relation solide. On peut aussi voir le dévouement
à une cause qui tient à coeur à la personne. Avec l’intensité et la passion qu’elle sait faire preuve dans sa vie, la personne peut s’investir à fond dans un projet, une cause, un objectif important à ses yeux.

Dans le concret, comment peut-elle s’appuyer sur ses forces ? En ne s’empêchant pas d’être elle-même. Il est possible de faire la différence entre sa personnalité propre et ce que le TPL apporte. Il est aussi normal de vivre ses émotions intensément, il faut simplement disposer d’un moyen sain de les exprimer. Cela peut se faire au travers de l’art, de l’activité sportive, de la relaxation, et plus encore !

Il ne faut pas penser qu’un diagnostic de TPL aura nécessairement un impact négatif tout au long de votre vie. Avec le temps, les symptômes ont tendances à diminuer en intensité et la personne développe de plus en plus de moyen pour compenser son trouble. Il est possible d’avoir un emploi qui saura lui convenir, un entourage qui pourra la satisfaire, et surtout, une vie agréable et pleine de beaux moments.

 

 

 

 

Références :
Marie-Hélène D’Astous, directrice générale de la Maison 100 Limites (20 janvier 2026), conférence
Alpabem : Au-delà des étiquettes : un regard bienveillant sur le TPL

Trop de nouvelles, trop vite ? Comment consommer l’information sans nuire à son bien-être

L’information est partout, en tout temps. En quelques secondes, on peut savoir ce qui se passe à l’autre bout de la planète, parfois même avant que Donald Trump ait fini d’écrire son propre tweet à ce sujet. Cet accès instantané est pratique, mais il a aussi un coût invisible pour notre santé mentale. Trop de nouvelles, trop souvent, peut nous laisser anxieux, épuisé… et parfois un peu dépassé.

Quand s’informer devient épuisant

Les psychologues parlent de plus en plus de « surcharge médiatique ». Être exposé constamment à des nouvelles négatives peut créer une fatigue émotionnelle et un sentiment d’impuissance.

Notre cerveau, programmé pour détecter les menaces, réagit fortement à ce flux continu d’informations. Chaque mauvaise nouvelle active la réponse au stress. Elle est utile à court terme, mais devient épuisante sur la durée. Le cerveau accorde aussi naturellement plus d’attention aux dangers et aux contenus négatifs. Ce biais vient de nos ancêtres, pour qui repérer les menaces était essentiel à la survie.

Dans un monde où les crises sont accessibles en continu, ce mécanisme devient difficile à gérer. Le cerveau reste en alerte, comme un téléphone à 5 % de batterie qui refuse de se recharger. Avec le temps, cette exposition peut même déformer notre perception du monde. On peut finir par croire que tout va mal, même si, dans les faits, notre journée reste relativement normale.

Médias et réseaux sociaux qui fatiguent le plus

Les plateformes qu’on utilise jouent un rôle important dans cette fatigue. Les réseaux sociaux sont particulièrement exigeants pour notre santé mentale. Les nouvelles y apparaissent sans arrêt et sont souvent choisies pour provoquer une réaction. Plus c’est émotionnel, plus ça attire l’attention.

L’algorithme ne se demande pas si le contenu vous fait du bien. Il cherche surtout à vous garder le plus longtemps possible. Une controverse politique captera presque toujours plus d’attention qu’un chien qui sauve une vie.

C’est dans ce contexte que s’installe facilement une habitude qu’on appelle le doomscrolling, souvent associée aux réseaux sociaux. On regarde une nouvelle, puis une autre, puis une autre… et, sans s’en rendre compte, 40 minutes passent. Par conséquent, on se sent plus inquiet qu’au départ.

Des recherches résumées par Harvard Health Publishing montrent que ce comportement est associé à une augmentation de l’anxiété, des symptômes dépressifs et des perturbations du sommeil, même quand on sait que ça nuit à notre bien-être.

À l’inverse, les médias plus traditionnels imposent certaines limites. On écoute la télévision à des moments précis. La radio et les journaux demandent une intention. Personne ne s’est déjà retrouvé à lire un journal pendant deux heures sans comprendre comment c’est arrivé.

Cela dit, toutes les façons de consommer l’information ne se valent pas. Une consommation passive, comme faire défiler des titres pendant longtemps, est plus liée au stress et à l’anxiété. À l’inverse, prendre le temps de contextualiser une nouvelle ou d’en discuter peut parfois créer un sentiment de connexion et réduire l’isolement.

 

La mésinformation et l’incertitude

À cela s’ajoute un autre facteur : la fiabilité de l’information. Sur les réseaux sociaux, tout circule vite, mais pas toujours correctement. Une publication peut annoncer une pénurie imminente, un danger exagéré ou une situation mal comprise… alors qu’il ne s’agit que d’une rumeur. Le problème, c’est que le cerveau déteste l’incertitude. Tant qu’il ne comprend pas ou ne peut pas prédire ce qui se passe, il reste en tension.

C’est un peu comme si vous vous prépariez à une pénurie… pour finalement arriver au magasin et constater que tout est normal. Entre-temps, vous avez vérifié plusieurs fois, comparé des sources, posé des questions autour de vous. Votre cerveau est resté en alerte tout ce temps. Au final, la mésinformation n’épuise pas seulement notre réflexion : elle alimente aussi notre inquiétude, parfois
pour des situations qui, en réalité, sont parfaitement sous contrôle.

 

Trouver un équilibre

La solution n’est pas de fuir complètement les nouvelles, mais de changer notre façon de les consommer.

• Limiter le temps consacré aux nouvelles (par exemple 10 à 20 minutes par jour).
• Choisir quelques sources fiables plutôt que de parcourir des dizaines de contenus différents.
• Éviter de vérifier les nouvelles en continu, surtout dès le réveil ou avant de dormir.
• Prendre des pauses régulières pour permettre au cerveau de récupérer.
• Remplacer une partie du temps passé sur l’actualité par d’autres activités : marcher, lire, parler avec quelqu’un, cuisiner.

Le cerveau a besoin de moments où il ne traite pas de crise mondiale. Il a aussi besoin de moments où il pense à des choses simples, comme quoi manger… ou pourquoi on est entré dans la cuisine sans raison.

 

Rester informé sans s’épuiser

S’informer est essentiel pour comprendre le monde. Mais il y a une différence entre être informé et être submergé. Le but n’est pas d’ignorer la réalité, mais de ne pas la laisser occuper chaque minute de notre attention. Parce que finalement votre cerveau mérite mieux que de passer sa soirée à discuter avec des notifications comme si c’étaient de vrais amis.

 

 

 

 

Références :
https://www.apa.org/monitor/2022/11/strain-media-overload

https://www.psychologytoday.com/ca/blog/not-just-an-algorithm/202601/the-hidden-mental-health-cost-of-news-on-social-media

https://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/news-social-media-mental-health-anxiety-1.7571661

https://northwestvancouver.cmha.bc.ca/whats-new/how-news-consumption-affects-mental-health-finding-a-balanced-approach/#:~:text=The%20Psychological%
20Impact%20of%20News,and%20even%20symptoms%20of%20depression.

https://www.thesmujournal.ca/opinion/does-where-you-get-your-news-from-matter

https://mediasmarts.ca/digital-media-literacy/digital-issues/finding-and-verifying-information/verifying-online-news/how-do-canadians-get-their-news#_ftnref4

https://arxiv.org/abs/1506.06021

https://www.eurekalert.org/news-releases/938786?utm_

La santé mentale et l’été, un bon mélange ?

L’été est tout près de nous et les gens sont fébriles avec l’arrivée de la saison. C’est bientôt le temps de la chaleur, des vacances, des camps de jour et des activités estivales. Plusieurs attendent cette saison toute l’année au Québec, après le froid et les déneigements… Toutefois, qu’en est-il des possibles impacts sur la santé mentale ? Que doit-on prendre en considération ? À quoi faut-il faire attention ? Nous allons explorer ces questionnements dans cet article. Nous examinerons les effets, tant négatifs que positifs, de cette saison, ainsi que les moyens d’y faire face.

 

Le soleil : un allié pour le moral

D’un côté, l’été symbolise le retour du soleil et de la chaleur. Plusieurs effets positifs surviennent avec le retour de cette saison. La population rapporte souvent se sentir davantage optimiste, heureuse et plus énergique, même si ce n’est pas le cas pour tout le monde. L’exposition à la lumière solaire contribue à améliorer l’humeur. En effet, de nombreuses études démontrent que le soleil fait augmenter la sérotonine, l’hormone du bien-être, ce qui a un impact direct sur l’humeur et la santé mentale. De plus, le soleil stimule la production de vitamine D dans le corps, ce qui influence également la santé mentale. Par ailleurs, des recherches indiquent que l’exposition à une lumière vive peut réduire les symptômes dépressifs. Il a également été démontré que l’exposition à la lumière le matin est plus efficace. Une exposition d’environ 30 minutes est recommandée, sans qu’il soit nécessaire de passer toute la journée au soleil pour en ressentir les bienfaits.

 

Quand la chaleur devient un facteur de risque

D’un autre côté, durant l’été, la population est aussi exposée à de grandes chaleurs et à un taux d’humidité plus élevé. Encore une fois, plusieurs études démontrent que les vagues de chaleur augmentent le nombre de consultations en psychiatrie en raison d’une hausse de la détresse psychologique et du taux de suicide dans la population en général. D’ailleurs, une autre étude menée
à Toronto par Wang et ses collaborateurs rapporte une augmentation de 29% des consultations aux urgences chez les personnes ayant un diagnostic en santé mentale, notamment la schizophrénie, les troubles de l’humeur et les troubles anxieux. De plus, une étude d’Aguglia et ses collaborateurs ont observé une hausse de 40 % du risque de décompensation nécessitant une hospitalisation chez les personnes ayant un trouble bipolaire.

 

Médicaments et chaleur : une combinaison à surveiller

Finalement, au-delà des différents impacts de l’été sur la santé mentale, un aspect primordial à considérer est l’effet de la prise de médicaments durant la période estivale. Effectivement, selon Santé Canada, plusieurs médicaments peuvent affecter la thermorégulation, l’hydratation corporelle et l’équilibre des électrolytes. Ils peuvent aussi altérer la capacité d’adaptation du corps, les
réflexes primaires et la perception de la chaleur, comme la transpiration et la soif.

Par exemple :
• Les antipsychotiques peuvent faire augmenter la température corporelle de base, déséquilibrer les électrolytes et entraîner une intolérance à la chaleur.
• Les antidépresseurs peuvent provoquer une hyperhydratation (boire trop d’eau), entraîner une diminution de la concentration de sodium dans le sang, se manifestant par de la confusion, des maux de tête, des nausées, des vomissements ou une faiblesse musculaire.
• La prise de lithium peut entraîner une déshydratation, de la diarrhée et des vomissements.

Ainsi, les effets secondaires de certains médicaments peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé, et il est essentiel d’être vigilant. Toutefois, même si les personnes prenant de la médication sont plus à risque de coups de chaleur ou d’épuisement lié à la chaleur, personne n’est totalement à l’abri.

 

Quelques gestes simples pour se protéger

Maintenant, explorons quelques recommandations générales pour prévenir les effets néfastes des grandes chaleurs, avec ou sans médication. Voici une liste de recommandations de Santé Canada adressées aux pharmaciens et techniciens en pharmacie lors de périodes de chaleur accablante (2024) :

• Boire de l’eau avant de ressentir la soif et boire davantage lorsqu’il fait chaud
• Réduire la consommation d’alcool, si possible
• Éviter d’augmenter la consommation de caféine
• Porter des vêtements pâles, amples et respirants, ainsi qu’un chapeau
• Réduire les activités physiques intenses
• Privilégier les activités durant les heures les plus fraîches de la journée
• Passer du temps dans des endroits climatisés ou prendre des douches/bains frais en l’absence d’air climatisé
• Asperger la peau d’eau fraîche pour se rafraîchir
• Consulter un médecin au besoin

Bien sûr, n’oubliez pas l’utilisation de crème solaire pour protéger la peau des rayons nocifs du soleil. Bref, si vous prenez des médicaments, n’hésitez pas à demander à votre médecin des conseils adaptés à votre situation pour limiter les effets secondaires durant l’été !

 

Profiter de l’été… en restant attentif

En conclusion, l’été peut avoir des effets positifs sur la santé mentale, mais les vagues de chaleur peuvent aussi entraîner des conséquences importantes. Heureusement, il existe plusieurs moyens de prévention. Bien que les grandes vagues de chaleur soient encore relativement rares au Québec, il est important de considérer le contexte du réchauffement climatique et ses impacts futurs.

Les recherches se poursuivent et d’ailleurs, l’Université de Montréal a annoncé que des experts mènent actuellement une étude sur l’impact de la chaleur en milieu urbain sur la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes.

À suivre… Bon été à tous !

 

 

 

 

Références :
Aguglia & al. Int. J. Environ. Res. Public Health 2019, 16 (7), 1140; https://doi.org/10.3390/ijerph16071140 

X. Wang et al. Acute impacts of extreme temperature exposure on emergency room admissions related to mental and behavior disorders in Toronto, Canada. J. Affect. Disord. (2014)

L’actualité, Santé et science par Isabelle Goupil-Sormany le 18 juin 2024 https://thocc.org/about/newspress/news-detail?articleId=63829&publicid=469#:~:text=%E2%80%9CMore%20sunlight%20
means%20more%20serotonin,sunshine%20could%20be%20the%20answer.

Santé Canada, 2024. PDF: Cat.: H129-116/2024F-PDF. ISBN:978-0-660-73107-0 Lien: https://www.canada.ca/content/dam/hc-sc/documents/services/publications/healthy-living/extreme-heat-human-health-pharmacists-technicians/extreme-heat-human-health-pharm-tech-fra.pdf

https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/sante-environnement-milieu-travail/rapports-publications/changement-climatique-sante/lignes-directrices-intention-travailleurs-sante-pendant-periodes-chaleur-accablante-guide-technique.html#a4.1

Les hallucinations : mieux comprendre l’expérience vécue

Lorsqu’on parle d’hallucinations, on pense souvent au fait d’entendre ou voir des choses que les autres ne perçoivent pas. Mais comment sont-elles réellement vécues par ceux qui en font l’expérience ? Cet article définit ce qu’est une hallucination et qui peut en vivre ; explore les nuances de l’expérience sensorielle et émotionnelle ; et les stratégies de gestion. Pour illustrer les propos, Dominik, usagère au CAFGRAF, a généreusement accepté de partager son témoignage.

 

Qu’est-ce qu’une hallucination et qui en fait l’expérience ?
Une hallucination se définit comme une perception qui ne concorde pas avec les stimulus externes de l’environnement. Elle est bien réelle pour la personne, mais n’est pas partagée par les autres. Elle peut toucher tous les sens : vue, ouïe, toucher, odorat et goût.

Bien que souvent associées aux troubles psychotiques, les hallucinations sont plus fréquentes qu’on ne le pense : jusqu’à 38,7% de la population en vivra au moins une fois dans sa vie. Elles peuvent survenir dans différents contextes , par exemple : manque de sommeil, consommation de substances, deuil, migraines, troubles neurologiques ou de l’humeur.

Dominik souligne l’importance de déstigmatiser :
« Les hallucinations semblent graves, mais c’est une simple erreur du cerveau qui fait qu’on entend des voix. Il faudrait dédramatiser : les hallucinations, ça ne fait pas de toi un fou. »

 

Entre perception et réalité
Une dimension concerne la capacité à distinguer l’hallucination de la réalité. Certains ont conscience que leurs hallucinations ne reflètent pas la réalité externe. Pour d’autres, la distinction est plus difficile et sont intégrées dans la vie quotidienne. La personne construit alors des explications pour donner un sens cohérent à ce qu’elle vit.

Dominik explique ce processus :
« Au début, tu penses que tu fais de la télépathie ou que tu entends une voix qui vient du ciel. Souvent, ça arrive quand tu es seule. On est persuadé qu’on a raison, et on ne s’en rend pas compte, et tranquillement on commence à parler avec la voix. »

Elle ajoute que ses valeurs et ses croyances ont été des ancres précieuses pour traverser ces moments :
« Avoir la foi peut jouer au niveau de l’interprétation. Ma foi croit en beaucoup de choses. Je pense que c’est pourquoi je n’ai pas virée folle. J’ai eu une bonne base familiale, l’enseignement de bonnes valeurs. L’éducation peut compter. Malgré tout ce que j’entends, je vais en sortir. »

 

La diversité de l’expérience sensorielle
Les hallucinations peuvent toucher un ou plusieurs sens et évoluer en intensité.

Dominik témoigne de cette progression :

« Au début, ça se passe dans les moments de silence. Ça commence par des chuchotements. La voix prend de l’intensité au point où que tu l’entends au même titre que tu entends une autre personne. […] Mes hallucinations ont évolué jusqu’au tactile. La voix pouvait me prendre le bras. »

L’expérience diffère aussi selon la provenance perçue. Certaines perceptions semblent provenir à l’intérieur de la personne, tandis que d’autres semblent venir de l’extérieur :

« La voix dans la tête n’est pas humaine. Je la trouve plus dangereuse. Elle peut être contrôlée avec la médication. Les voix à l’extérieur sont capables d’imiter des proches. »

Le contenu peut varier en complexité, allant de simples sons à des voix articulées avec une personnalité propre : « Les voix ont une personnalité, tu connais leur âge par leur ton. »

 

L’impact émotionnel
Les hallucinations suscitent des émotions variées. Lorsque les voix sont hostiles, l’impact quotidien est marqué :

« Au début, elles m’insultaient à longueur de journée. Elles m’encourageaient à faire des actions que je ne fais pas normalement. Ce n’est pas normal de se faire insulter toute la journée ou se faire des choses pour avoir peur. J’étais confronté aux menaces et insultes. »

Ces interactions influencent l’impact des hallucinations sur la vie quotidienne et orientent les stratégies que les personnes peuvent développer pour vivre avec elles.

 

Reprendre le pouvoir : les stratégies de gestion de Dominik
La médication est un pilier pour aider la gestion des hallucinations, mais d’autres stratégies complémentaires peuvent soutenir. Dominik souligne l’importance de la médication et
des habitudes de vie :

« Quand il n’y a pas de médication, elles [les voix] sont négatives ; et elles sont pire lorsqu’on consomme. ».

Elle raconte avoir modifié sa relation avec les voix, en instaurant
un dialogue :

« Leur but [les voix] est de te faire réagir, elles trouvent ça drôle quand on pogne les nerfs. J’ai commencé à les éduquer : ça ne se fait pas de pleurer quelqu’un, on ne sacre pas, … Ma toilette est mon bureau pour les éduquer. Il faut que j’aie des moments pour parler avec mes voix. Si je parle avec elles, elles ne me dérangeront pas. »

 

Conclusion
L’expérience des hallucinations est profondément nuancée et variée : diverses modalités sensorielles, sens donnés et impacts émotionnels, comme le montre le témoignage de Dominik. Parler ouvertement de ces expériences, sans jugement, permet de mieux soutenir ceux qui en font l’expérience. Merci à Dominik d’avoir mis des mots sur ce qui est vécu dansle silence.

 

 

 

 

 

Références :
Ohayon, M. M. (2000). Prevalence of hallucinations and their pathological associations in the
general population. Psychiatry research, 97(2-3), 153-164. https://www.sciencedirect.com/science/
article/pii/S0165178100002274
images : https://www.vecteezy.com/members/genkomono

Fiston, papa est malade, parler de sa maladie mentale à son enfant

Pourquoi on hésite?

Le thème de la santé mentale, quoiqu’il soit plus discuté de nos jours, est toujours stigmatisé dans la société. Beaucoup de stéréotypes, préjugés, et tabous perdurent dans la conscience populaire. Ces perceptions erronées peuvent causer des craintes pour un parent atteint en santé mentale. Peut-être vous vous demandez comment aborder ces sujets avec vos enfants, ou même si vous devriez le faire à la base. Il se peut que vous ayez l’impression que vos enfants ne peuvent pas comprendre, surtout s’ils sont très jeunes. Ou même que ce sujet n’est pas approprié pour un jeune. Pour un parent, la responsabilité première est leur enfant. Donc, l’instinct de protéger son enfant de la douleur, de l’inquiétude et du poids émotionnel peut être plus fort que soi. Parfois, cette fermeture peut venir de l’intérieur, car en parler demande une certaine vulnérabilité. Les pressions sociales peuvent renforcer cette hésitation, menant à croire qu’avoir une difficulté en santé mentale signifie un échec ou une faiblesse. Pensez-y, si on attrape une grippe ou on se casse le bras, on ne le cache pas. On est reconduit à l’hôpital pour avoir un plâtre, on reste dans notre chambre et nos proches prennent la relève, et on n’hésite pas à demander de l’aide.

 

Les effets de l’ignorance

Les enfants sont perceptifs et se questionnent beaucoup sur les événements qui se produisent autour d’eux. En voyant certains comportements, en entendant certains propos, l’enfant fera des connexions avec l’information qu’il a, parfois inexactes. Par exemple, un parent ayant un trouble dépressif, qui peut être irritable, pourrait avoir des moments d’impatience. L’enfant pourrait interpréter cette irritabilité comme si c’était sa faute et se culpabiliser à cause de cela. Ou, si l’enfant veut vraiment faire une activité ou jouer, et que son parent est fatigué ou n’est pas en forme, il peut assumer que c’est à cause de lui et non à cause du trouble mental ou de facteurs externes. Ce genre de suppositions, qui sont souvent non-fondées dans la réalité, peut à son tour nuire à la relation parent-enfant. Une communication ouverte et sincère va permettre à l’enfant d’avoir du contexte et à éviter ces suppositions.

 

Comment l’aborder?

C’est important d’avoir une discussion comme celle-ci quand vous vous sentez prêts. Réfléchissez si vous avez vos propres questions avant de débuter et sur les thèmes que vous voulez éviter ou qui vous mettent mal à l’aise. Vous pouvez aussi décider au préalable l’endroit et le moment de la conversation, afin que parent et enfant se sentent bien. Selon l’âge de l’enfant, il y a différents moyens de vulgariser le sujet pour l’aider à comprendre. Avec les tout-petits et les enfants d’âge primaire, vous pouvez vous servir de contes ou d’histoires pour exemplifier la santé mentale et la maladie mentale. Vous pouvez aussi la comparer à une maladie physique pour expliquer certains symptômes et comportements. Demandez-leur s’ils ont des questions ou s’ils ont remarqué des changements. Rassurez-les que ce n’est pas leur faute et que ça ne veut pas dire que vous ne les aimez pas. Abordez les émotions que vous ressentez, et définissez-les ensemble s’ils ne les comprennent pas. Surtout, exprimer clairement et spécifiquement vos limites et vos besoins. Dites-leur quand vous vous sentez épuisé, ou quand vous n’êtes pas disponibles pour jouer ou jaser avec eux. Établir un réseau de soutien robuste pour votre famille permettra à votre enfant d’avoir d’autres repères sur qui s’appuyer si vous ne pouvez pas. Pour un adolescent, qui est exposé aux médias et qui a déjà des idées préconçues sur l’enjeu de santé mentale, donnez- vous le droit d’être plus détaillé et même d’effectuer des recherches ensemble. Ils sont plus aptes à comprendre
des sujets plus profonds et avoir des échanges avec vous. Démystifier les mythes et écoutez leurs commentaires et partages. Vous pouvez même partager les démarches que vous entamez pour prendre soin de votre santé mentale.

 

Les bienfaits du partage

Faire ce premier pas est difficile mais extrêmement courageux. En débutant ce dialogue, vous démontrez à votre enfant que vous êtes digne de confiance. En vous confiant honnêtement et ouvertement, vous montrez un bel exemple qu’il suivra assurément dans sa vie. Vous lui montrez que ces sujets plus délicats peuvent être discutés et que vous êtes un pilier sécuritaire pour lui. Ça accroît le sentiment d’appartenance dans votre famille et vous permets de vous appuyer l’un sur l’autre. Vous pouvez travailler à trouver des solutions et des trucs pour mieux vivre en famille.

 

Points importants

C’est primordial de ne pas traiter votre enfant comme un thérapeute ou confident, même s’il est adolescent. Le truc est de ne pas dévoiler des détails trop personnels qui ne le concernent pas. Mettez-vous dans leur peau; comment perçoit-il vos comportements? Comment réagit-il à vos symptômes? Qu’est-ce qu’il voit plus souvent? C’est déjà difficile d’être un parent. Un trouble de santé mentale ajoute un autre obstacle à surmonter et plus de pression quotidienne. Faites confiance à votre enfant et soyez bienveillants envers vous-même.

 

Voici quelques ressources qui peuvent vous aider :
Livres : Je te tiens par la Barbichette de Émilie Plank (dépression),Sens dessus-dessous de Audrey-Anne Frénette, les ouvrages d’Ariane Hébert
Formations : Famille +, Anna et la Mer, CommunicAdo

 

 

 

Références :
https://www.capsantementale.ca/contenu/parler-de-mon-trouble-mental-avec-monenfant/
https://centre-therapie.be/centre-therapie/les-parents-veulent-etre-plus-honnetesen-
termes-de-sante-mentale/
Devriez-vous parler de votre maladie mentale avec vos enfants?
https://smho-smso.ca/online-resources/construire-une-relation-solide-et-bienveillante-
avec-votre-enfant/

 

Et si tout était joué d’avance ?

Il existe de nombreuses raisons qui expliquent la qualité de la santé mentale chez un individu. Cependant, qu’en est-il de l’influence de l’environnement sur la santé mentale ? Nous explorons le sujet à travers l’approche du parcours de vie, les facteurs économiques et sociaux, pour terminer avec quelques actions concrètes pouvant être faites au quotidien afin d’augmenter les facteurs
de protection d’un individu.

L’environnement : ça consiste en quoi ?

L’environnement n’est pas simplement la verdure que l’on observe lorsque l’on regarde à l’extérieur ; c’est aussi l’ensemble des facteurs de risque et de protection qui entourent un individu. En d’autres mots, il s’agit des différents éléments sociaux, économiques et culturels qui appartiennent à une personne et forment un tout. Le parcours de vie peut aussi influencer ces différents facteurs au fil du temps. Lorsque l’on parle de facteurs de protection, on entend la généralité des éléments qui influencent positivement la santé mentale. On peut penser à un réseau social soutenu et à un emploi stable, par exemple. Au niveau des facteurs de risque, ce sont tous les éléments qui vulnérabilisent une personne, comme la consommation de substances ou encore un milieu de vie violent.

Une approche globale

Afin de bien entamer le sujet, l’INSPQ (Institut national de la santé publique du Québec) propose l’approche du parcours de vie. Il s’agit d’une approche où l’on prend en compte l’entièreté du parcours de vie d’un individu afin d’évaluer les différents moments où la santé mentale aurait pu être affectée. Cette approche se divise en trois concepts :

  • L’effet de trajectoire : la position sociale à un moment de la vie peut influencer la position sociale plus tard dans la vie, ce qui peut mener à des conséquences sur la santé mentale.
  • L’effet cumulatif : l’addition des conditions liées aux facteurs de risque et de protection au fil du temps, peu importe le moment de la vie, favorise la dégradation de la santé mentale.
  • L’effet latent : une exposition à des facteurs de risque lors de la petite enfance peut refaire surface plus tard au cours de la vie d’un individu.

À cet effet, cela renvoie à l’accumulation des facteurs socio-économiques qui influencent la santé mentale. Cette approche permet de comprendre d’où la personne vient, son vécu et le contexte de l’apparition des troubles mentaux dans son environnement au fil du temps.

 

Un couteau à double tranchant

Pour mieux comprendre les facteurs de risque qui influencent la santé mentale, nous décortiquerons les différents éléments qui englobent l’environnement d’une personne. Les inégalités économiques dues aux différentes classes sociales ont un effet bidirectionnel sur la santé mentale, c’est-à-dire qu’elles ont un effet de « cercle vicieux ». Concrètement, un individu catégorisé comme moins favorisé sur l’échelle sociale est plus enclin à développer des troubles de santé mentale, qui s’expriment par une moindre qualité de vie. Un faible revenu, des difficultés à payer le loyer ou à avoir accès à la nourriture engendrent un état de stress pouvant occasionner des troubles de santé mentale. Le manque de ressources financières rend l’accès aux services plus difficile dans le contexte politique actuel. Par ailleurs, une fois les symptômes d’un trouble de santé mentale visibles, une discrimination peut s’installer au sein de la population, ce qui augmente l’appauvrissement de cet individu puisque l’accès au travail devient, de ce fait, encore plus ardu.

 

Les relations sociales

D’autre part, le réseau social est un facteur pertinent à prendre en compte lorsque l’on parle de l’influence de l’environnement sur la santé mentale. La densité et la qualité de ce dernier ont une incidence sur le bien-être de chacun. Il permet de s’appuyer sur autrui lorsque cela est nécessaire. Lorsqu’on parle de densité, on entend la quantité de personnes qui nous entourent : la famille,
les amis, les connaissances ainsi que les professionnels que nous côtoyons de manière périodique. Il est cependant important de noter que la qualité des liens a aussi un impact. Par exemple, un individu A adopte des comportements à risque à répétition, ce qui draine l’énergie de l’individu B. Ce lien social peut être important pour l’individu B ; cependant, la qualité de ce lien peut avoir un effet négatif sur sa santé mentale.

Renverser la tendance

Malgré les éléments non négligeables de l’environnement dans lequel un individu vit, il est possible de poser de petites actions au quotidien pour augmenter les facteurs de protection afin de maintenir une bonne santé mentale. Parmi ces actions, le réseau communautaire peut aider au niveau économique : il existe des banques alimentaires et une multitude de services offerts à la population moyennant de faibles sommes, voire gratuitement. Par le fait même, fréquenter ces ressources permet de créer un réseau social dense et de qualité, incluant des professionnels et d’autres individus vivant des défis similaires en santé mentale.

En conclusion, bien que l’environnement agisse sur la santé mentale d’un individu au niveau socioéconomique, il est important de considérer l’ensemble du parcours de vie dans le but d’adapter des actions concrètes afin d’augmenter les facteurs de protection de chacun. Cependant, est-il possible de renverser tout ce que notre environnement nous impose ?

 

 

 

 

Références :
https://sante-infobase.canada.ca/sante-mentale/inegalites/
https://www.inspq.qc.ca/sante-mentale/facteurs#liens
https://santepubliquemontreal.ca/sites/drsp/files/media/document/DRSP_
Pub_2024_11_22_DonneesStatistiquesSMMtl.pdf
https://www.capsantementale.ca/contenu/limportance-du-reseau-de-soutien/
Image : https://www.vecteezy.com/members/zalquarius

Bonifier nos relations avec une machine

Depuis quelques années, nous voyons une montée fulgurante de la présence de l’intelligence artificielle générative dans notre quotidien. Une façon dont nous interagissons avec l’intelligence artificielle (IA) est avec les chatbots. Vous avez peut-être entendu parler d’un des nombreux chatbots disponibles : ChatGPT, Gemini, Copilot, Claude, Grok, Character.ai et bien d’autres. Ces applications peuvent nous aider à être plus efficace au travail et à l’école, répondre à nos questions, générer des images et des vidéos, et peuvent même nous écouter et nous conseiller. Dans une ère où le sentiment de solitude est grandissant, il peut être rassurant d’avoir quelqu’un disponible pour nous écouter en tout temps.

Cette technologie amène des solutions à certains problèmes de plus en plus présents dans notre société, mais cela vient aussi avec une mise en garde. Je vais vous présenter les deux côtés de la médaille liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle générative.

 

Comment ça marche ?

Pour faire une histoire courte, une intelligence artificielle générative a été entraînée grâce à d’énormes banques de données. La machine tente de prédire les mots manquants dans une phrase, le résultat est évalué et redistribué à l’intelligence artificielle pour qu’elle s’adapte, s’améliore et recommence le processus. À partir d’une requête de l’utilisateur, l’IA peut construire sa réponse en évaluant le prochain mot le plus probable jusqu’à ce qu’une phrase ou un paragraphe complet soit formé. Une conversation est alors possible avec la machine. Le résultat est à s’y méprendre
avec une interaction que vous pourriez avoir avec une personne.

 

Comment voir l’intelligence artificielle ?

Il faut voir l’intelligence artificielle comme un outil. Dans certaines situations spécifiques, cet outil peut être puissant, utile et nous sauver du temps précieux. Dans d’autres situations, il peut être mal adapté ou même contre-productif de l’utiliser. L’outil devrait servir à améliorer notre quotidien, pas le remplacer. Certaines personnes vivant de l’anxiété sociale par exemple vont utiliser ChatGPT pour avoir un compagnon qui les rassure, écoute sans jugement et conseille sur certains enjeux que la personne peut vivre. Cela peut créer un sentiment d’attachement avec le chatbot et la personne n’essayera plus d’aller vers l’autre pour avoir des relations interpersonnelles. Plusieurs IA sont programmés par défaut pour entretenir la conversation et ne pas directement aller à l’encontre de ce que l’utilisateur écrit. Le résultat : nous avons l’impression que l’IA nous comprend, nous valide dans nos émotions et sera toujours présente pour nous soutenir. Cependant, il faut se souvenir que ça reste une machine simulant la conscience humaine sans jamais comprendre les subtilités du langage humain comme le sens, le contexte, l’implication du message. L’IA n’est
pas équipée pour gérer une situation de détresse importante. Parfois le résultat peut être aidant mais dans d’autres situations il peut aussi être aggravant.

 

Bonifier vos interactions sans les remplacer

Comment l’utiliser de la “bonne manière” ? Il est possible d’utiliser l’IA pour faire une simulation d’une conversation pour qu’il nous donne du feedback et nous préparer à une vraie conversation avec un humain. Imaginez : vous voulez vous préparer pour votre rencontre avec votre médecin. Évidemment, son temps est limité et vous voulez avoir vos questions prêtes pour qu’il puisse bien comprendre votre problème. L’intelligence artificielle peut servir de pratique à cette rencontre et vous donner des indications de comment améliorer vos questions pour avoir une meilleure expérience possible. Sans aller chercher le diagnostic que ChatGPT peut vous donner (qui peut être erroné), il peut vous aider à simuler une vraie interaction et ainsi réduire votre anxiété lorsque
vous serez dans le bureau du médecin. Un autre exemple, vous avez une première rencontre avec une personne qui vous intéresse. Évidemment, le stress peut être envahissant, la peur de ne pas paraître sous votre meilleur jour et de ne pas impressionner l’autre peut être intolérable. C’est à ce moment que l’intelligence artificielle peut vous guider en simulant une conversation et vous
pratiquer à poser des questions, répondre de manière intéressante et engageante, etc. Plusieurs autres utilisations peuvent être bénéfiques : synthétiser un document, organiser une présentation, reformuler vos pensées et bien d’autres. Il faut prendre conscience que l’IA ne peut pas servir d’ami ou de confident, mais il peut aider à avoir des relations satisfaisantes et enrichissantes avec les autres.

 

Déterminez ce qui vous convient

Mon but n’est pas de vous dire de ne jamais utiliser l’IA ou de l’utiliser dans chaque situation, mais plutôt d’éveiller la réflexion de “Dans quels contextes je suis à l’aise à l’utiliser ?” et “Comment cela améliore réellement mon quotidien ?”. Avec ces réponses, vous allez pouvoir déterminer l’utilisation qui vous convient le mieux et en tirer le maximum de cette technologie autant dangereuse que révolutionnaire.

 

 

 

 

 

Références :
https://www.vox.com/future-perfect/23617185/ai-chatbots-eliza-chatgpt-bing-sydney-artificial-
intelligence-history
https://www.985fm.ca/audio/706945/chatgpt-pour-se-confier-sur-sa-sante-mentale-cest-
extremement-delicat
https://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_artificielle_g%C3%A9n%C3%A9rative
Image : Vecteezy.com