Les hallucinations : mieux comprendre l’expérience vécue

Lorsqu’on parle d’hallucinations, on pense souvent au fait d’entendre ou voir des choses que les autres ne perçoivent pas. Mais comment sont-elles réellement vécues par ceux qui en font l’expérience ? Cet article définit ce qu’est une hallucination et qui peut en vivre ; explore les nuances de l’expérience sensorielle et émotionnelle ; et les stratégies de gestion. Pour illustrer les propos, Dominik, usagère au CAFGRAF, a généreusement accepté de partager son témoignage.

 

Qu’est-ce qu’une hallucination et qui en fait l’expérience ?
Une hallucination se définit comme une perception qui ne concorde pas avec les stimulus externes de l’environnement. Elle est bien réelle pour la personne, mais n’est pas partagée par les autres. Elle peut toucher tous les sens : vue, ouïe, toucher, odorat et goût.

Bien que souvent associées aux troubles psychotiques, les hallucinations sont plus fréquentes qu’on ne le pense : jusqu’à 38,7% de la population en vivra au moins une fois dans sa vie. Elles peuvent survenir dans différents contextes , par exemple : manque de sommeil, consommation de substances, deuil, migraines, troubles neurologiques ou de l’humeur.

Dominik souligne l’importance de déstigmatiser :
« Les hallucinations semblent graves, mais c’est une simple erreur du cerveau qui fait qu’on entend des voix. Il faudrait dédramatiser : les hallucinations, ça ne fait pas de toi un fou. »

 

Entre perception et réalité
Une dimension concerne la capacité à distinguer l’hallucination de la réalité. Certains ont conscience que leurs hallucinations ne reflètent pas la réalité externe. Pour d’autres, la distinction est plus difficile et sont intégrées dans la vie quotidienne. La personne construit alors des explications pour donner un sens cohérent à ce qu’elle vit.

Dominik explique ce processus :
« Au début, tu penses que tu fais de la télépathie ou que tu entends une voix qui vient du ciel. Souvent, ça arrive quand tu es seule. On est persuadé qu’on a raison, et on ne s’en rend pas compte, et tranquillement on commence à parler avec la voix. »

Elle ajoute que ses valeurs et ses croyances ont été des ancres précieuses pour traverser ces moments :
« Avoir la foi peut jouer au niveau de l’interprétation. Ma foi croit en beaucoup de choses. Je pense que c’est pourquoi je n’ai pas virée folle. J’ai eu une bonne base familiale, l’enseignement de bonnes valeurs. L’éducation peut compter. Malgré tout ce que j’entends, je vais en sortir. »

 

La diversité de l’expérience sensorielle
Les hallucinations peuvent toucher un ou plusieurs sens et évoluer en intensité.

Dominik témoigne de cette progression :

« Au début, ça se passe dans les moments de silence. Ça commence par des chuchotements. La voix prend de l’intensité au point où que tu l’entends au même titre que tu entends une autre personne. […] Mes hallucinations ont évolué jusqu’au tactile. La voix pouvait me prendre le bras. »

L’expérience diffère aussi selon la provenance perçue. Certaines perceptions semblent provenir à l’intérieur de la personne, tandis que d’autres semblent venir de l’extérieur :

« La voix dans la tête n’est pas humaine. Je la trouve plus dangereuse. Elle peut être contrôlée avec la médication. Les voix à l’extérieur sont capables d’imiter des proches. »

Le contenu peut varier en complexité, allant de simples sons à des voix articulées avec une personnalité propre : « Les voix ont une personnalité, tu connais leur âge par leur ton. »

 

L’impact émotionnel
Les hallucinations suscitent des émotions variées. Lorsque les voix sont hostiles, l’impact quotidien est marqué :

« Au début, elles m’insultaient à longueur de journée. Elles m’encourageaient à faire des actions que je ne fais pas normalement. Ce n’est pas normal de se faire insulter toute la journée ou se faire des choses pour avoir peur. J’étais confronté aux menaces et insultes. »

Ces interactions influencent l’impact des hallucinations sur la vie quotidienne et orientent les stratégies que les personnes peuvent développer pour vivre avec elles.

 

Reprendre le pouvoir : les stratégies de gestion de Dominik
La médication est un pilier pour aider la gestion des hallucinations, mais d’autres stratégies complémentaires peuvent soutenir. Dominik souligne l’importance de la médication et
des habitudes de vie :

« Quand il n’y a pas de médication, elles [les voix] sont négatives ; et elles sont pire lorsqu’on consomme. ».

Elle raconte avoir modifié sa relation avec les voix, en instaurant
un dialogue :

« Leur but [les voix] est de te faire réagir, elles trouvent ça drôle quand on pogne les nerfs. J’ai commencé à les éduquer : ça ne se fait pas de pleurer quelqu’un, on ne sacre pas, … Ma toilette est mon bureau pour les éduquer. Il faut que j’aie des moments pour parler avec mes voix. Si je parle avec elles, elles ne me dérangeront pas. »

 

Conclusion
L’expérience des hallucinations est profondément nuancée et variée : diverses modalités sensorielles, sens donnés et impacts émotionnels, comme le montre le témoignage de Dominik. Parler ouvertement de ces expériences, sans jugement, permet de mieux soutenir ceux qui en font l’expérience. Merci à Dominik d’avoir mis des mots sur ce qui est vécu dansle silence.

 

 

 

 

 

Références :
Ohayon, M. M. (2000). Prevalence of hallucinations and their pathological associations in the
general population. Psychiatry research, 97(2-3), 153-164. https://www.sciencedirect.com/science/
article/pii/S0165178100002274
images : https://www.vecteezy.com/members/genkomono

Bonifier nos relations avec une machine

Depuis quelques années, nous voyons une montée fulgurante de la présence de l’intelligence artificielle générative dans notre quotidien. Une façon dont nous interagissons avec l’intelligence artificielle (IA) est avec les chatbots. Vous avez peut-être entendu parler d’un des nombreux chatbots disponibles : ChatGPT, Gemini, Copilot, Claude, Grok, Character.ai et bien d’autres. Ces applications peuvent nous aider à être plus efficace au travail et à l’école, répondre à nos questions, générer des images et des vidéos, et peuvent même nous écouter et nous conseiller. Dans une ère où le sentiment de solitude est grandissant, il peut être rassurant d’avoir quelqu’un disponible pour nous écouter en tout temps.

Cette technologie amène des solutions à certains problèmes de plus en plus présents dans notre société, mais cela vient aussi avec une mise en garde. Je vais vous présenter les deux côtés de la médaille liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle générative.

 

Comment ça marche ?

Pour faire une histoire courte, une intelligence artificielle générative a été entraînée grâce à d’énormes banques de données. La machine tente de prédire les mots manquants dans une phrase, le résultat est évalué et redistribué à l’intelligence artificielle pour qu’elle s’adapte, s’améliore et recommence le processus. À partir d’une requête de l’utilisateur, l’IA peut construire sa réponse en évaluant le prochain mot le plus probable jusqu’à ce qu’une phrase ou un paragraphe complet soit formé. Une conversation est alors possible avec la machine. Le résultat est à s’y méprendre
avec une interaction que vous pourriez avoir avec une personne.

 

Comment voir l’intelligence artificielle ?

Il faut voir l’intelligence artificielle comme un outil. Dans certaines situations spécifiques, cet outil peut être puissant, utile et nous sauver du temps précieux. Dans d’autres situations, il peut être mal adapté ou même contre-productif de l’utiliser. L’outil devrait servir à améliorer notre quotidien, pas le remplacer. Certaines personnes vivant de l’anxiété sociale par exemple vont utiliser ChatGPT pour avoir un compagnon qui les rassure, écoute sans jugement et conseille sur certains enjeux que la personne peut vivre. Cela peut créer un sentiment d’attachement avec le chatbot et la personne n’essayera plus d’aller vers l’autre pour avoir des relations interpersonnelles. Plusieurs IA sont programmés par défaut pour entretenir la conversation et ne pas directement aller à l’encontre de ce que l’utilisateur écrit. Le résultat : nous avons l’impression que l’IA nous comprend, nous valide dans nos émotions et sera toujours présente pour nous soutenir. Cependant, il faut se souvenir que ça reste une machine simulant la conscience humaine sans jamais comprendre les subtilités du langage humain comme le sens, le contexte, l’implication du message. L’IA n’est
pas équipée pour gérer une situation de détresse importante. Parfois le résultat peut être aidant mais dans d’autres situations il peut aussi être aggravant.

 

Bonifier vos interactions sans les remplacer

Comment l’utiliser de la “bonne manière” ? Il est possible d’utiliser l’IA pour faire une simulation d’une conversation pour qu’il nous donne du feedback et nous préparer à une vraie conversation avec un humain. Imaginez : vous voulez vous préparer pour votre rencontre avec votre médecin. Évidemment, son temps est limité et vous voulez avoir vos questions prêtes pour qu’il puisse bien comprendre votre problème. L’intelligence artificielle peut servir de pratique à cette rencontre et vous donner des indications de comment améliorer vos questions pour avoir une meilleure expérience possible. Sans aller chercher le diagnostic que ChatGPT peut vous donner (qui peut être erroné), il peut vous aider à simuler une vraie interaction et ainsi réduire votre anxiété lorsque
vous serez dans le bureau du médecin. Un autre exemple, vous avez une première rencontre avec une personne qui vous intéresse. Évidemment, le stress peut être envahissant, la peur de ne pas paraître sous votre meilleur jour et de ne pas impressionner l’autre peut être intolérable. C’est à ce moment que l’intelligence artificielle peut vous guider en simulant une conversation et vous
pratiquer à poser des questions, répondre de manière intéressante et engageante, etc. Plusieurs autres utilisations peuvent être bénéfiques : synthétiser un document, organiser une présentation, reformuler vos pensées et bien d’autres. Il faut prendre conscience que l’IA ne peut pas servir d’ami ou de confident, mais il peut aider à avoir des relations satisfaisantes et enrichissantes avec les autres.

 

Déterminez ce qui vous convient

Mon but n’est pas de vous dire de ne jamais utiliser l’IA ou de l’utiliser dans chaque situation, mais plutôt d’éveiller la réflexion de “Dans quels contextes je suis à l’aise à l’utiliser ?” et “Comment cela améliore réellement mon quotidien ?”. Avec ces réponses, vous allez pouvoir déterminer l’utilisation qui vous convient le mieux et en tirer le maximum de cette technologie autant dangereuse que révolutionnaire.

 

 

 

 

 

Références :
https://www.vox.com/future-perfect/23617185/ai-chatbots-eliza-chatgpt-bing-sydney-artificial-
intelligence-history
https://www.985fm.ca/audio/706945/chatgpt-pour-se-confier-sur-sa-sante-mentale-cest-
extremement-delicat
https://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_artificielle_g%C3%A9n%C3%A9rative
Image : Vecteezy.com

Fiston, papa est malade, parler de sa maladie mentale à son enfant

Pourquoi on hésite?

Le thème de la santé mentale, quoiqu’il soit plus discuté de nos jours, est toujours stigmatisé dans la société. Beaucoup de stéréotypes, préjugés, et tabous perdurent dans la conscience populaire. Ces perceptions erronées peuvent causer des craintes pour un parent atteint en santé mentale. Peut-être vous vous demandez comment aborder ces sujets avec vos enfants, ou même si vous devriez le faire à la base. Il se peut que vous ayez l’impression que vos enfants ne peuvent pas comprendre, surtout s’ils sont très jeunes. Ou même que ce sujet n’est pas approprié pour un jeune. Pour un parent, la responsabilité première est leur enfant. Donc, l’instinct de protéger son enfant de la douleur, de l’inquiétude et du poids émotionnel peut être plus fort que soi. Parfois, cette fermeture peut venir de l’intérieur, car en parler demande une certaine vulnérabilité. Les pressions sociales peuvent renforcer cette hésitation, menant à croire qu’avoir une difficulté en santé mentale signifie un échec ou une faiblesse. Pensez-y, si on attrape une grippe ou on se casse le bras, on ne le cache pas. On est reconduit à l’hôpital pour avoir un plâtre, on reste dans notre chambre et nos proches prennent la relève, et on n’hésite pas à demander de l’aide.

 

Les effets de l’ignorance

Les enfants sont perceptifs et se questionnent beaucoup sur les événements qui se produisent autour d’eux. En voyant certains comportements, en entendant certains propos, l’enfant fera des connexions avec l’information qu’il a, parfois inexactes. Par exemple, un parent ayant un trouble dépressif, qui peut être irritable, pourrait avoir des moments d’impatience. L’enfant pourrait interpréter cette irritabilité comme si c’était sa faute et se culpabiliser à cause de cela. Ou, si l’enfant veut vraiment faire une activité ou jouer, et que son parent est fatigué ou n’est pas en forme, il peut assumer que c’est à cause de lui et non à cause du trouble mental ou de facteurs externes. Ce genre de suppositions, qui sont souvent non-fondées dans la réalité, peut à son tour nuire à la relation parent-enfant. Une communication ouverte et sincère va permettre à l’enfant d’avoir du contexte et à éviter ces suppositions.

 

Comment l’aborder?

C’est important d’avoir une discussion comme celle-ci quand vous vous sentez prêts. Réfléchissez si vous avez vos propres questions avant de débuter et sur les thèmes que vous voulez éviter ou qui vous mettent mal à l’aise. Vous pouvez aussi décider au préalable l’endroit et le moment de la conversation, afin que parent et enfant se sentent bien. Selon l’âge de l’enfant, il y a différents moyens de vulgariser le sujet pour l’aider à comprendre. Avec les tout-petits et les enfants d’âge primaire, vous pouvez vous servir de contes ou d’histoires pour exemplifier la santé mentale et la maladie mentale. Vous pouvez aussi la comparer à une maladie physique pour expliquer certains symptômes et comportements. Demandez-leur s’ils ont des questions ou s’ils ont remarqué des changements. Rassurez-les que ce n’est pas leur faute et que ça ne veut pas dire que vous ne les aimez pas. Abordez les émotions que vous ressentez, et définissez-les ensemble s’ils ne les comprennent pas. Surtout, exprimer clairement et spécifiquement vos limites et vos besoins. Dites-leur quand vous vous sentez épuisé, ou quand vous n’êtes pas disponibles pour jouer ou jaser avec eux. Établir un réseau de soutien robuste pour votre famille permettra à votre enfant d’avoir d’autres repères sur qui s’appuyer si vous ne pouvez pas. Pour un adolescent, qui est exposé aux médias et qui a déjà des idées préconçues sur l’enjeu de santé mentale, donnez- vous le droit d’être plus détaillé et même d’effectuer des recherches ensemble. Ils sont plus aptes à comprendre
des sujets plus profonds et avoir des échanges avec vous. Démystifier les mythes et écoutez leurs commentaires et partages. Vous pouvez même partager les démarches que vous entamez pour prendre soin de votre santé mentale.

 

Les bienfaits du partage

Faire ce premier pas est difficile mais extrêmement courageux. En débutant ce dialogue, vous démontrez à votre enfant que vous êtes digne de confiance. En vous confiant honnêtement et ouvertement, vous montrez un bel exemple qu’il suivra assurément dans sa vie. Vous lui montrez que ces sujets plus délicats peuvent être discutés et que vous êtes un pilier sécuritaire pour lui. Ça accroît le sentiment d’appartenance dans votre famille et vous permets de vous appuyer l’un sur l’autre. Vous pouvez travailler à trouver des solutions et des trucs pour mieux vivre en famille.

 

Points importants

C’est primordial de ne pas traiter votre enfant comme un thérapeute ou confident, même s’il est adolescent. Le truc est de ne pas dévoiler des détails trop personnels qui ne le concernent pas. Mettez-vous dans leur peau; comment perçoit-il vos comportements? Comment réagit-il à vos symptômes? Qu’est-ce qu’il voit plus souvent? C’est déjà difficile d’être un parent. Un trouble de santé mentale ajoute un autre obstacle à surmonter et plus de pression quotidienne. Faites confiance à votre enfant et soyez bienveillants envers vous-même.

 

Voici quelques ressources qui peuvent vous aider :
Livres : Je te tiens par la Barbichette de Émilie Plank (dépression),Sens dessus-dessous de Audrey-Anne Frénette, les ouvrages d’Ariane Hébert
Formations : Famille +, Anna et la Mer, CommunicAdo

 

 

 

Références :
https://www.capsantementale.ca/contenu/parler-de-mon-trouble-mental-avec-monenfant/
https://centre-therapie.be/centre-therapie/les-parents-veulent-etre-plus-honnetesen-
termes-de-sante-mentale/
Devriez-vous parler de votre maladie mentale avec vos enfants?
https://smho-smso.ca/online-resources/construire-une-relation-solide-et-bienveillante-
avec-votre-enfant/

 

Et si tout était joué d’avance ?

Il existe de nombreuses raisons qui expliquent la qualité de la santé mentale chez un individu. Cependant, qu’en est-il de l’influence de l’environnement sur la santé mentale ? Nous explorons le sujet à travers l’approche du parcours de vie, les facteurs économiques et sociaux, pour terminer avec quelques actions concrètes pouvant être faites au quotidien afin d’augmenter les facteurs
de protection d’un individu.

L’environnement : ça consiste en quoi ?

L’environnement n’est pas simplement la verdure que l’on observe lorsque l’on regarde à l’extérieur ; c’est aussi l’ensemble des facteurs de risque et de protection qui entourent un individu. En d’autres mots, il s’agit des différents éléments sociaux, économiques et culturels qui appartiennent à une personne et forment un tout. Le parcours de vie peut aussi influencer ces différents facteurs au fil du temps. Lorsque l’on parle de facteurs de protection, on entend la généralité des éléments qui influencent positivement la santé mentale. On peut penser à un réseau social soutenu et à un emploi stable, par exemple. Au niveau des facteurs de risque, ce sont tous les éléments qui vulnérabilisent une personne, comme la consommation de substances ou encore un milieu de vie violent.

Une approche globale

Afin de bien entamer le sujet, l’INSPQ (Institut national de la santé publique du Québec) propose l’approche du parcours de vie. Il s’agit d’une approche où l’on prend en compte l’entièreté du parcours de vie d’un individu afin d’évaluer les différents moments où la santé mentale aurait pu être affectée. Cette approche se divise en trois concepts :

  • L’effet de trajectoire : la position sociale à un moment de la vie peut influencer la position sociale plus tard dans la vie, ce qui peut mener à des conséquences sur la santé mentale.
  • L’effet cumulatif : l’addition des conditions liées aux facteurs de risque et de protection au fil du temps, peu importe le moment de la vie, favorise la dégradation de la santé mentale.
  • L’effet latent : une exposition à des facteurs de risque lors de la petite enfance peut refaire surface plus tard au cours de la vie d’un individu.

À cet effet, cela renvoie à l’accumulation des facteurs socio-économiques qui influencent la santé mentale. Cette approche permet de comprendre d’où la personne vient, son vécu et le contexte de l’apparition des troubles mentaux dans son environnement au fil du temps.

 

Un couteau à double tranchant

Pour mieux comprendre les facteurs de risque qui influencent la santé mentale, nous décortiquerons les différents éléments qui englobent l’environnement d’une personne. Les inégalités économiques dues aux différentes classes sociales ont un effet bidirectionnel sur la santé mentale, c’est-à-dire qu’elles ont un effet de « cercle vicieux ». Concrètement, un individu catégorisé comme moins favorisé sur l’échelle sociale est plus enclin à développer des troubles de santé mentale, qui s’expriment par une moindre qualité de vie. Un faible revenu, des difficultés à payer le loyer ou à avoir accès à la nourriture engendrent un état de stress pouvant occasionner des troubles de santé mentale. Le manque de ressources financières rend l’accès aux services plus difficile dans le contexte politique actuel. Par ailleurs, une fois les symptômes d’un trouble de santé mentale visibles, une discrimination peut s’installer au sein de la population, ce qui augmente l’appauvrissement de cet individu puisque l’accès au travail devient, de ce fait, encore plus ardu.

 

Les relations sociales

D’autre part, le réseau social est un facteur pertinent à prendre en compte lorsque l’on parle de l’influence de l’environnement sur la santé mentale. La densité et la qualité de ce dernier ont une incidence sur le bien-être de chacun. Il permet de s’appuyer sur autrui lorsque cela est nécessaire. Lorsqu’on parle de densité, on entend la quantité de personnes qui nous entourent : la famille,
les amis, les connaissances ainsi que les professionnels que nous côtoyons de manière périodique. Il est cependant important de noter que la qualité des liens a aussi un impact. Par exemple, un individu A adopte des comportements à risque à répétition, ce qui draine l’énergie de l’individu B. Ce lien social peut être important pour l’individu B ; cependant, la qualité de ce lien peut avoir un effet négatif sur sa santé mentale.

Renverser la tendance

Malgré les éléments non négligeables de l’environnement dans lequel un individu vit, il est possible de poser de petites actions au quotidien pour augmenter les facteurs de protection afin de maintenir une bonne santé mentale. Parmi ces actions, le réseau communautaire peut aider au niveau économique : il existe des banques alimentaires et une multitude de services offerts à la population moyennant de faibles sommes, voire gratuitement. Par le fait même, fréquenter ces ressources permet de créer un réseau social dense et de qualité, incluant des professionnels et d’autres individus vivant des défis similaires en santé mentale.

En conclusion, bien que l’environnement agisse sur la santé mentale d’un individu au niveau socioéconomique, il est important de considérer l’ensemble du parcours de vie dans le but d’adapter des actions concrètes afin d’augmenter les facteurs de protection de chacun. Cependant, est-il possible de renverser tout ce que notre environnement nous impose ?

 

 

 

 

Références :
https://sante-infobase.canada.ca/sante-mentale/inegalites/
https://www.inspq.qc.ca/sante-mentale/facteurs#liens
https://santepubliquemontreal.ca/sites/drsp/files/media/document/DRSP_
Pub_2024_11_22_DonneesStatistiquesSMMtl.pdf
https://www.capsantementale.ca/contenu/limportance-du-reseau-de-soutien/
Image : https://www.vecteezy.com/members/zalquarius

Démystifier la profession d’intervenant.

Depuis le début de ma carrière comme intervenant, j’ai souvent constaté que certains usagers mentionnent qu’ils aimeraient travailler en relation d’aide. Inspirés par leur parcours et cheminement individuel, épris par un désir d’aider et dans le but de redonner, ces usagers ou usagères désirent s’investir dans l’intervention. J’ai pu remarquer que des usagers peuvent devenir de très bons intervenants. Il ne s’agit pas du tout d’une idée saugrenue. Cependant, il demeure que certaines capacités sont nécessaires afin de combler ce poste. En effet, certaines qualités demeurent inhérentes au poste. De plus, au niveau des tâches, le contact avec les autres et l’aspect de relation d’aide sont bien présents, mais il demeure que plusieurs autres tâches sont effectuées dans l’ombre et ne sont pas apparentes. C’est pourquoi nous aborderons le tout dans ce texte, dans le but de démystifier la profession d’intervenant.

Les qualités nécessaires!

Plusieurs qualités sont évidemment nécessaires afin de pouvoir travailler en relation d’aide. Ses qualités doivent transcender la profession et être présentes chez l’individu. Il est nécessaire que ce soit naturel d’agir ainsi. Sinon, la personne devra aller puiser trop loin afin de satisfaire aux exigences du poste. Cette carrière est très demandante, si en plus la personne doit agir à contresens des capacités de bases nécessaires, elle s’épuisera rapidement. Les qualités nécessaires les plus apparentes sont l’empathie, soit la capacité à se mettre à la place d’autrui et percevoir ce qu’il ressent. Cet aspect est tout de même fondamental pour oeuvrer en intervention. La capacité de facilement entrer en contact avec les gens et d’être en mesure de se connecter avec leur vécu et leur histoire demeure une facette primordiale de cette profession. Ceci est possible seulement grâce à une autre caractéristique importante, soit la capacité au non-jugement. En effet, on peut définir le non-jugement comme étant une attitude consistant à s’abstenir de porter des jugements de valeur sur autrui, leurs actions ou leurs paroles, en évitant de les approuver ou de les désapprouver. Si on pense à d’autres qualités importantes, l’une d’entre elles est l’écoute. En effet, nous avons souvent l’impression qu’il est important d’avoir de la répartie lorsque l’on travaille en intervention. C’est bien le cas, mais il est bien plus important d’avoir une bonne écoute afin de bien saisir et comprendre les propos de la personne que nous avons en face de nous. L’intervenant doit également être en mesure de laisser la place à la personne qu’il reçoit. En effet, l’intervenant doit pouvoir mettre la personne en valeur en lui laissant la place nécessaire afin qu’elle s’exprime et se confie. Conséquemment, l’importance de l’intervenant est de prendre une place secondaire dans l’intervention et permettre à l’autre de s’épanouir. Posséder une capacité d’introspection est également important.

Cette capacité est ce qui permettra à un intervenant de s’améliorer et de progresser, car c’est ce qui lui permet d’identifier ses limites et de les traverser. Comme on le dit si bien; en
intervention, nous sommes notre outil, il est important de l’aiguiser et l’affûter en se questionnant sur nos comportements et réactions. En terminant, l’intelligence émotionnelle est un aspect primordial de la relation d’aide. Elle se définit comme étant la capacité de percevoir et d’exprimer les émotions, de les comprendre et de les intégrer à la pensée en les utilisant avec justesse dans le raisonnement, ainsi que de réguler ses propres émotions et celles des autres. C’est pourquoi il s’agit d’une caractéristique importante à avoir.

Quelles sont les tâches d’un intervenant?

Maintenant que les caractéristiques d’un bon intervenant ont été identifiées, j’aimerais démystifier les tâches qui sont en lien avec l’intervention. Évidemment, effectuer des rencontres avec les usagers ou usagères constitue un aspect important du travail. Cependant, ces tâches ne sont pas les seules et plusieurs autres tâches s’effectuent dans l’ombre. Il y a beaucoup de tâches administratives à réaliser en tant qu’intervenant, telles que rédiger des notes, répondre aux questions de partenaires, répondre à tous ses courriels, s’assurer de transmettre les informations nécessaires à ses collègues, et plusieurs autres. Toutes ses tâches sont chronophages et absentes au premier regard. Ici, je parle aux usagers et usagères du CAFGRAF, ce sont les tâches que vous nous voyez faire lorsque nous sommes dans le bureau vitré et que nous sommes concentrés. Une autre tâche importante est associée à la représentation, soit d’aller présenter les services dans d’autres organismes afin d’en faire augmenter la popularité et ainsi en faire profiter à plus de gens.

Le milieu!

De plus, il y a un aspect important dans la conception du travail d’un intervenant, soit le milieu dans lequel il travaille. En effet, le réseau de la santé offre souvent une plus grande structure de par l’ensemble et la complexité des services. Cependant, dans le milieu communautaire, les tâches sont souvent plus flexibles et le milieu offre une plus grande malléabilité des
horaires et des tâches.

Voici les points que je désirais aborder avec vous afin de mieux vous faire connaître le rôle et les tâches d’un intervenant. En espérant que ceci a permis de démystifier la profession et ainsi vous en apprendre davantage sur les aléas de ce travail qui nous tient tellement à coeur.

Références :
1.https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/17055232/attitude-de-non-jugement
2.https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26506945/intelligence-emotionnelle

L’art-thérapie en famille

Dans cet article, je vous propose de mieux comprendre comment l’art-thérapie familiale peut soutenir une famille. Je m’attarderai sur les bienfaits de se redécouvrir à travers un espace ludique et créatif pour réapprendre le plaisir d’être ensemble en famille.

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Les algorithmes et le bien-être psychologique : comprendre pour mieux naviguer

Nous passons une grande partie de notre quotidien en ligne. Une part importante de ce que nous voyons sur nos écrans est déterminée par des mécanismes invisibles, mais puissants : les algorithmes. Qu’est-ce qu’un algorithme exactement ? Et surtout, quelle est son influence sur notre bien-être psychologique ?

Qu’est-ce qu’un algorithme ?

Un algorithme est une série d’instructions ou de calculs destinés à résoudre un problème ou accomplir une tâche.[1] Dans le contexte numérique, il sert à trier et recommander du contenu en fonction de nos comportements en ligne.

Par exemple, lorsque nous consultons Google Maps, l’algorithme calcule l’itinéraire le plus rapide pour se rendre à destination. Sur Netflix, il suggère des films en fonction de ce que nous avons déjà regardé. Sur TikTok, Instagram ou YouTube, il analyse le temps que nous passons devant une vidéo, ce que nous cliquons ou partageons, afin de créer un fil d’actualité personnalisé. En bref, chaque action en ligne, aussi petite soit-elle, alimente ce mécanisme qui anticipe nos préférences et nous propose du contenu jugé pertinent.

Quand l’algorithme affecte le bien-être

Le contenu proposé
Si ce fonctionnement paraît pratique, il n’est pas sans conséquence sur notre bien-être. Bien sûr, l’influence des algorithmes sur notre bien-être psychologique est complexe et nuancée : il peut y avoir des effets positifs, mais aussi entraîner des dérives.

Un rapport par Amnesty International rapporte un phénomène particulier où une bulle algorithmique se développe à partir d’un petit geste. À partir d’un simple « j’aime » sur une vidéo évoquant la tristesse peut transformer complètement leur expérience en ligne. C’est ce qu’exprime Francis*, un étudiant de 18 ans interrogé par Amnesty International :
« Quand j’«aime» une vidéo triste qui me parle, tout à coup, toute ma page “Pour toi” est triste. Je me retrouve dans le «TikTok triste ». Ça affecte mon humeur. » – Francis*, 18 ans, étudiant aux Philippines. [2]

Ce témoignage illustre comment une simple interaction peut suffire à orienter tout un univers numérique vers un seul type de contenu, enfermant la personne dans une bulle émotionnelle qui influence directement son état d’esprit.

La dépendance et la perte de contrôle

Un autre aspect est la manière dont les algorithmes exploitent notre attention. Les plateformes numériques sont conçues pour capter et retenir notre attention pour prolonger notre temps d’écran, notamment en proposant constamment du contenu qui sont dans nos champs d’intérêt, mais aussi par des vidéos courtes et un déroulement infini, par exemple. Tout est pensé pour maximiser le temps passé en ligne, ce qui en revanche peut entraîner une certaine forme de dépendance et un sentiment de perdre le contrôle.

Les études montrent que les jeunes ressentent particulièrement cette emprise. Selon une enquête récente, plus de deux jeunes sur trois disent avoir du mal à réduire leur temps passé sur les réseaux sociaux, et plusieurs mentionnent que ces plateformes constituent une source constante de distraction.[3]

L’envers de la médaille : quand l’algorithme devient un allié

Cela dit, il serait simpliste de diaboliser les algorithmes. Leur influence n’est pas uniquement négative. Dans certains cas, ils peuvent devenir de précieux alliés. Par exemple, ils peuvent faciliter l’accès à des témoignages inspirants ou à des ressources en santé mentale. Ils peuvent également permettre de trouver du soutien auprès des communautés en ligne, et de sentir que l’on n’est pas seul. De plus, la démocratisation des discussions autour de la santé mentale, en grande partie amplifiée par ces plateformes, peut contribuer à réduire les tabous et à normaliser le fait de demander de l’aide.

Les études montrent que les jeunes ressentent particulièrementcette emprise. Selon une enquête récente, plus de deux jeunes sur trois disent avoir du mal à réduire leur temps passé sur les réseaux sociaux, et plusieurs mentionnent que ces plateformes constituent une source constante de distraction.[3]

L’envers de la médaille : quand l’algorithme devient un allié

Cela dit, il serait simpliste de diaboliser les algorithmes. Leur influence n’est pas uniquement négative. Dans certains cas, ils peuvent devenir de précieux alliés. Par exemple, ils peuvent faciliter l’accès à des témoignages inspirants ou à des ressources en santé mentale. Ils peuvent également permettre de trouver du soutien auprès des communautés en ligne, et de sentir que l’on n’est pas seul. De plus, la démocratisation des discussions autour de la santé mentale, en grande partie amplifiée par ces plateformes, peut contribuer à réduire les tabous et à normaliser le fait de demander de l’aide.

Reprendre du pouvoir sur son expérience en ligne

Face à ces réalités, comment naviguer dans cet univers numérique sans se laisser submerger ? Voici quelques pistes :

• Prendre conscience du rôle des algorithmes : Comprendre que ce que nous voyons en ligne est le résultat d’un tri, et non un reflet objectif du monde. Cette prise de conscience permet d’instaurer une certaine distance face au contenu.

• Limiter le temps d’écran : Utiliser les paramètres de temps d’utilisation sur son téléphone ou des applications de gestion peut aider à reprendre du contrôle.

• Prendre soin de soi hors ligne : Faire des activités qui nous apportent du bien, comme des activités physiques, sociales ou encore créatives.

• S’informer et en parler.

En somme, les algorithmes façonnent notre vie numérique. Ils influencent nos choix et nos émotions, parfois de manière subtile, d’autres fois de façon plus marquée. Leur influence sur notre bien-être mental n’est ni totalement positive ni entièrement négative : ils peuvent amplifier des sentiments désagréables et la dépendance, mais aussi offrir soutien et ressources. Plutôt que de les voir comme bons ou de mauvais, il est sans doute plus juste de les considérer comme des mécanismes puissants qui nécessitent d’être connus, compris et apprivoisés.
Apprendre à reconnaître leur influence, développer une attitude critique et prendre soin de soi, autant en ligne qu’hors ligne, sont des moyens concrets pour naviguer dans cet univers numérique sans perdre de vue l’essentiel : notre bien-être.


Références :
1. https://numeriqueenquestions.uqam.ca/algorithme/
2https://www.amnesty.fr/actualites/tiktok-un-modele-dangereux-pour-la-sante-mentale-des-jeunes-et-des-enfants
3.https://www.digitalbarometer.ch/fr/sant%C3%A9-mentale-et-monde-num%C3%A9rique
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L’humour en santé mentale : Rire de soi sans se moquer de l’autre

Le rire est un réflexe universel. Il traverse les cultures, désamorce les tensions et crée des ponts entre les gens. Parfois, même dans les moments les plus difficiles, il surgit comme une bouffée d’air. Lorsqu’on parle de santé mentale, le rire peut devenir un véritable outil pour apporter un peu de lumière là où tout semble sombre. Cela dit, tout ne se vaut pas. Oui, on peut rire mais pas au détriment de celles et ceux qui souffrent. Il y a une vraie différence entre rire avec et rire contre. Alors, comment trouver le bon ton ? Où s’arrête l’humour qui fait du bien, et où commence celui qui blesse ? C’est ce qu’on va essayer de démêler ici.

Quand l’humour nous relie

Parler de santé mentale, ce n’est jamais simple. Parfois, les mots manquent, et d’autres fois, on n’a tout simplement pas la force. Certains jours, tout expliquer ou mettre des mots sur ce qu’on ressent, c’est trop. C’est justement là que l’humour peut faire une entrée salutaire.
Il y a une vraie puissance dans le fait de pouvoir rire de soi. Pas pour se rabaisser, ni pour nier sa douleur, mais pour prendre du recul, désamorcer un moment difficile… ou juste ramener un peu de légèreté.
Prenons l’exemple de quelqu’un qui vit avec des TOC et plaisante en disant : « J’ai vérifié la porte huit fois ce soir, donc elle est définitivement bien fermée. » Ce n’est pas de l’auto-dérision pour faire rire les autres à ses dépens. C’est une manière de souffler. De faire avec ce qu’il vit. Et souvent, ce type de blague touche celles et ceux qui traversent les mêmes réalités. On se reconnaît, on se sent moins seul(e).

Beaucoup de personnes vivant avec l’anxiété, la dépression, les troubles bipolaires ou autres enjeux de santé mentale utilisent l’humour comme un réflexe de survie. C’est le cas de Maude Landry, comédienne québécoise, dans son spectacle Involution. Elle y aborde l’insomnie, la peur de vieillir, l’estime de soi, les spaghettis… et même les vampires. Des thèmes en apparence décousus, mais qui, dans sa logique bien à elle, finissent par se rejoindre. Le fil conducteur ? L’introspection, les troubles obsessionnels, la personnalité limite, l’angoisse. « Plusieurs de mes idées de numéros viennent de mes inquiétudes. Je transforme simplement mes angoisses en rigolade », explique-t-elle. C’est à la fois drôle et profondément humain.

L’humour qui soigne (vraiment)

Le rire ne fait pas disparaître la douleur, mais il l’allège, ne serait-ce qu’un instant. Et ce n’est pas qu’une impression. Une étude menée par Bennett et ses collègues en 2010 a montré que le rire peut réellement faire baisser les niveaux de cortisol (l’hormone du stress), renforcer le système immunitaire, et améliorer la qualité de vie chez les personnes en souffrance psychologique. Plus récemment, une revue publiée en 2022 par Shao et al. a démontré qu’après une thérapie par l’humour administrée à des personnes âgées, celles-ci montraient moins d’anxiété, moins de symptômes dépressifs, et un bien-être accru.

Pour ma part, le rire m’a aidé à traverser plusieurs moments difficiles. Il m’a offert un peu de répit quand mes émotions devenaient trop lourdes à porter. Cependant, avec le temps, j’ai aussi compris qu’un recours systématique à l’humour peut devenir une manière d’éviter les vraies conversations ou de cacher ce qu’on ressent vraiment. Dans mon cas, il m’est arrivé d’utiliser l’humour pour masquer un mal-être plus profond, sans toujours en avoir conscience.
Le rire peut donc être salvateur, mais il peut aussi devenir un masque, une manière de fuir ou de se protéger. Et parfois, il dérape.

Là où ça dérape : quand l’humour blesse

Évidemment, tout le monde n’a pas ce rapport apaisé au rire. Certaines blagues sur la santé mentale sont tout sauf bienveillantes.

On les entend encore trop souvent :

« Il est complètement schizo », « T’es bipolaire ou quoi ? », « Elle fait sa dépressive. »

Ces phrases, balancées à la légère, font plus de mal qu’on ne le croit.

Ce type d’humour réduit une personne à son trouble, banalise sa souffrance, et surtout, envoie le message que ces sujets ne méritent pas d’être pris au sérieux. C’est exactement ce qui empêche tant de gens de parler, de demander de l’aide, ou de se sentir légitimes dans ce qu’ils vivent.

Ce n’est pas une question de « ne plus rien pouvoir dire ». C’est une question d’empathie. Est-ce que cette blague construit ou est-ce qu’elle écrase ? Est-ce qu’elle crée du lien ou est-ce qu’elle isole ?

Souvent, le rire peut ouvrir une porte. Encore faut-il veiller à ce qu’elle ne claque pas au nez de quelqu’un.

L’humour, avec précaution

On dit que l’humour, c’est une question de timing. Cependant, quand il entre dans le champ de la santé mentale, c’est aussi une question de justesse. Un mot à côté, un rire mal placé, et ce qui aurait pu faire du bien peut vite devenir blessant. Pourtant, parfois, une blague bien sentie, un sourire complice, ça peut tout changer. Ça peut alléger, rapprocher et faire respirer. Ce texte n’est pas un mode d’emploi du rire « approprié », mais une exploration sincère d’un équilibre délicat entre légèreté, respect et humanité.

Un recours systématique à l’humour pour éviter les conversations sérieuses ou pour cacher ses émotions peut traduire un malaise profond. C’est parfois une façon d’éviter le contact émotionnel ou de masquer une dépression.

Trouver l’équilibre

La clé est de trouver l’équilibre entre information et divertissement. L’infodivertissement – facile à dire, difficile à réussir. On a beau expliquer que le rire est le meilleur remède et citer une pléthore d’études scientifiques, insuffler de l’humour tout en transmettant des renseignements de façon responsable à un public qui comprend souvent des personnes à risque n’est pas chose aisée.

Parler de santé mentale peut être amusant, mais ce sujet peut également être triste, épeurant et compliqué. Pour les promoteurs, les annonceurs et les publics, le juste équilibre est non seulement essentiel, il peut aussi changer des vies.

Références :
1. https://www.participaction.com/fr/blogue/sante-mentale/le-rire-est-le-meilleur-des-remedes/
2.https://commissionsantementale.ca/vecteur/cest-drole-la-sante-mentale/
3.https://www.erudit.org/fr/revues/smq/2017-v42-n1-smq03101/1040263ar/
4.https://www.7jours.ca/2024/01/27/des-humoristes-souvrent-sur-leurs-problemes-de-sante-mentale-dans-ce-nouveau-documentaire
5.https://enclasse.telequebec.tv/contenu/Rire-et-sante-mentale/2854
6.https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1744388122000202
7. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1093/ecam/nep106
8.https://spec.qc.ca/nouvelles/maude-landry-transforme-ses-angoisses-en-rigolade#:~:text=%C2%AB%20Plusieurs%20de%20mes%20id%C3%A9es%20de,ce%20qui%20explique%20sa%20d%C3%A9marche.